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 »Il n’y a aucune volonté politique d’organiser la CAN 2023 en Guinée… », Amadou Diouldé, journaliste sportif

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Le 20 septembre 2014, alors que la question n’était pas à l’ordre du jour, la Confédération Africaine de Football (CAF) attribue l’organisation de l’édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN)/2023 à la Guinée. Au fur et à mesure que l’échéance se rapproche, le doute voire le scepticisme s’installe quant à la réussite d’un tel projet.

Quatre années après, les autorités actuelles sont accusées par de nombreux observateurs de manquer cruellement de volonté.

Dans un entretien accordé à un reporter de Guineeatin.cm ce jeudi, 20 septembre 2018, Amadou Diouldé Diallo, journaliste et historien, ancien responsable du département communication de la Fédération Guinéenne de Football, se dit sceptique quant à la réussite de cet événement. Selon lui, le président de la République et le gouvernement, qui devaient être les moteurs de cette organisation, ont d’autres priorités.

Guineematin.com : il y a quatre ans jour pour jour depuis que la Guinée a hérité de l’organisation de la CAN 2023. Quand on regarde dans le rétroviseur aujourd’hui, que peut-on retenir ?

Amadou Diouldé Diallo : la CAN 2023 nous a été attribués sur un plateau d’or. On était allé à Addis-Abeba pour compétir pour les CAN 2019 et 2021. A l’issue des délibérations, c’est respectivement le Cameroun et la Côte d’Ivoire qui ont été retenus. La CAN 2023 n’était pas à l’ordre du jour. C’est le président de la CAF de l’époque, Issa Hayatou qui a décidé que la Guinée ne rentre pas bredouille. Il a donc attribué, hors compétition, en violation des textes de la CAF, la 2023 à la Guinée. Maintenant, depuis quatre ans, moi je ne crois pas en la réalisation de cet objectif en Guinée.

Guineematin.com : pourquoi n’y croyez-vous pas ?

Amadou Diouldé Diallo : parce qu’il n’y aucun signal fort. Qu’est-ce qui a été fait ? Un décret a été pris pour mettre en place un Comité d’Organisation, un bâtiment a été attribué au comité pour servir de siège, avec un personnel local presqu’inexistant, des missions ont été effectuées à l’intérieur du pays, notamment dans les capitales régionales pour identifie sur place les domaines pouvant servir à l’exécution des futurs stades. C’est tout. En quatre ans, c’est ce qui a été fait. Mais, la Coupe d’Afrique, ce n’set pas l’humeur, ni l’amour de quelqu’un pour le football. C’est l’Etat. Et, puisque l’Etat c’est la volonté politique du chef de l’Etat, si celle-ci n’est pas exprimée, vous allez tout faire, vous n’avez pas de Coupe d’Afrique. Le problème, c’est que la fédération même, quand elle fait acte de candidature, elle manifeste l’intention auprès de la CAF, elle ne vient pas seule. Il faut que la fédération vienne avec une lettre signée ou du président de la République, ou du Premier ministre, pas d’une autre personnalité du pays. Moi, je pense qu’aujourd’hui, il ne faut pas se faire d’illusions, il n’y a aucune volonté politique d’organiser la CAN 2023.

Guineematin.com : comment pouvez-vous expliquer ce manque de volonté politique ? Les priorités sont ailleurs peut être ?

Amadou Diouldé Diallo : l’actualité aujourd’hui en Guinée, depuis que le Professeur Alpha Condé est au pouvoir, c’est quoi ? C’est la politique. La politique et les secteurs porteurs de revenus. Or, le Sport et la Culture sont porteurs de popularité, d’expression, de résultats, de victoires qui installent le pays dans un confort de souveraineté affirmée. Mais, c’est des dépenses en pertes et profits. Ce que vous dépensez en net, vous ne le récupérez pas en argents, vous le récupérez en joie. Aujourd’hui, nos gouvernants, leurs soucis, c’est plus les secteurs porteurs de ces revenus, comme les mines.

Guineematin.com : que dire de l’organisation de la CAN avec 24 équipes au lieu de 16 ?

Amadou Diouldé Diallo : c’est un facteur aggravant. Qu’est-ce qu’il y a dans ce pays en matière d’infrastructures et qu’est-ce qu’il y a en projet ? Il n’y a rien. Souvenez-vous que le premier ministre, dans son discours de politique générale à l’Assemblée Nationale, il a omis le Sport et la Culture. Il n’y arien, c’est une personne qui croit, dans un engagement obsessionnel, je dirais même tyrannique, à cause de la passion qu’il a pour le football, c’est Antonio Souaré, le président de la fédération guinéenne de football. C’est lui seul qui croit. Mais, il n’est pas l’Etat, il n’est qu’un individu.

Guineematin.com : c’est un rôle qui est exclusivement dévolu au président Alpha Condé ?

Amadou Diouldé Diallo : c’est le président Alpha Condé qui doit aujourd’hui dire oui. Les plus grands constructeurs d’infrastructures aujourd’hui, c’est les Chinois. Nous sommes ne partenariat avec eux dans plusieurs domaines. Ils exploitent au moins chez nous 70 millions de tonnes de bauxite par an. Dans les différents accords signés entre la Guinée et la Chine, sur l’enveloppe des 20 milliards de dollars, décaissables sur une période de 2-3 ans, est-ce que vous avez entendu le volet infrastructures sportives alors qu’on a la CAN 2023 ? Le président était encore en Chine pour le sommet Afrique-Chine. Les accords signés à cet effet, avez-vous entendu parler d’infrastructures sportives ? Pourtant, le président Alhassane Ouattara, sur les 11 accords signés avec la Chine au même sommet, il y a la réalisation de deux stades, un à San Pedro et un autre à Odienné. Il y a eu la pose de la première pierre du grand stade d’Abidjan. Chez nous, rien n’a été fait. Le stade du 28 septembre doit appartenir au musée, il doit appartenir à l’Histoire. Nous n’avons même pas de stade, pas un seul. Ça, c’est seulement le volet stade pour la compétition, il y a les stades d’entrainement aussi pour 24 équipes. Aujourd’hui, vous voyez l’état de nos routes, l’état de nos hôpitaux, de nos télécommunications ?

Guineematin.com : à vous entendre parler, est-ce qu’on peut conclure que la Guinée ne sera pas au rendez-vous de la CAN 2023 ?

Amadou Diouldé Diallo : non, c’est impossible. Parce qu’aujourd’hui, la politique domine tous les débats. Alpha Condé veut aller à un 3ème mandat, son objectif c’est ça. D’autres sont en embuscades, l’opposition n’est pas d’accord. Donc, d’ici 2020, il n’y aura rien sauf politique. Ou Alpha réussit son coup de 3ème mandat, ou il échoue, personne ne sait ce qui va se passer. Donc, la CAN 2023 appartient aux calendes grecques. Qu’on ne me dise pas le contraire.

Guineematin.com : ce serait très décevant tout de même si la Guinée perdait cette occasion, qui ne se présente pas tous les jours, d’organiser la CAN 2023. Vous ne trouvez pas ?

Amadou Diouldé Diallo : en attendant, nous n’avons rien fait pour l’avoir, cette CAN. Donc, si la CAF nous la retire, elle va faire un appel à candidature et puis les gens vont postuler. Il y a d’abord la réunion du comité exécutif de la CAF, les 28 et 29 septembre je crois, à Charm El Cher, en Egypte, suivi de l’assemblée générale. A l’ordre du jour, il y a justement la CAN de 2019 confiée au Cameroun ; il y aura ensuite la question du marketing avec Lagardère sur l’attribution des droits de télévision. Mais, le président de la CAF a dit une chose, je suis d’accord avec lui. Ce n’est pas la CAF qui attribue la CAN, ce n’est pas elle qui retire l’organisation. Il y a un cahier des charges qui doit être respecté. Si le pays respecte le cahier des charges, il a la CAN ; si après inspection on se rend compte que le pays n’est pas en mesure de respecter le cahier des charges dans les délais impartis, c’est le pays lui-même qui se fait perdre sa CAN. Ça, je suis d’accord avec son analyse. Parce que, c’est des experts qui mènent une inspection et qui rendent compte…
In Guineeematin

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