Home Actualités «Le Projet Simandou Est Un Levier Stratégique Pour la Transformation de la...

«Le Projet Simandou Est Un Levier Stratégique Pour la Transformation de la Guinée », Djiba Diakité (Forbes)

0
SHARE

Un levier stratégique, prêt à redéfinir l’avenir de la Guinée : ainsi se présente Simandou, projet associant infrastructures colossales et exploitation minière, avec un potentiel estimé à plus de 8 milliards de tonnes de minerai de fer d’une qualité rare (65 % de teneur en fer). Djiba Diakité, ministre directeur de cabinet à la Présidence et président du comité stratégique de Simandou, lève le voile sur les enjeux et défis de ce chantier titanesque, véritable catalyseur de transformation socio-économique, porté par un modèle de co-développement visionnaire.
Le projet repose sur quatre composantes majeures. D’abord l’exploitation minière avec les blocs 1 et 2 confiés au Winning Consortium, en partenariat avec Baowu Steel, et les blocs 3 et 4 sous la gestion de Rio Tinto/Simfer et China Alco. Ensuite, un réseau ferroviaire de plus de 650 km sera construit pour relier la zone minière aux ports. Ces ports, dédiés au transport des minerais, seront également utilisés pour le transport des passagers et des marchandises. Enfin, une aciérie sera mise en place pour transformer localement le minerai de fer, avec des études de faisabilité prévues dans les deux ans suivant le début de la commercialisation.
Quelle Est la Différence Entre le Projet Simandou et le Programme Simandou 2040 ?
D. D. : Le projet Simandou porte spécifiquement sur l’exploitation du gisement de minerai de fer et la construction d’infrastructures clés, dont un chemin de fer de plus de 650 km et un port en eau profonde. À l’inverse, le programme Simandou 2040 s’inscrit dans une vision de développement plus large et à long terme pour le développement socio-économique durable et responsable de la Guinée pour les (15) prochaines années. Il vise à mobiliser les revenus générés par le projet minier pour stimuler d’autres secteurs stratégiques tels que l’agriculture, l’éducation, les infrastructures et la finance, contribuant ainsi à une diversification économique durable.
Pourquoi le Projet Simandou Est-il Exceptionnel et Unique ?
D. D. : Le projet Simandou se distingue par son caractère exceptionnel à bien des égards. Tout d’abord, il abrite un gisement de classe mondiale, avec des réserves estimées à environ 8 milliards de tonnes de minerai de fer, présentant une teneur remarquable de plus de 65 %, bien au-dessus de la moyenne mondiale. Cette qualité exceptionnelle permet une optimisation de la consommation énergétique dans les hauts fourneaux et favorise une réduction significative des émissions de carbone, contribuant ainsi activement à la transition vers une économie plus verte. Mais Simandou ne se limite pas à ses qualités minérales. Il marque une avancée historique dans la coopération internationale. C’est le premier projet africain à réunir des acteurs occidentaux et asiatiques sous une gouvernance commune, grâce au leadership éclairé du président Mamadi Doumbouya. Cette collaboration exemplaire a permis d’harmoniser les exigences strictes de conformité et de gouvernance des entreprises occidentales avec l’approche pragmatique et réactive des partenaires asiatiques. La Compagnie du TransGuinéen (CTG) incarne cette fusion des cultures et assure la mise en œuvre efficace de ce projet ambitieux.
« Simandou est le premier projet africain à réunir des acteurs occidentaux et asiatiques sous une gouvernance commune, grâce au leadership éclairé du président Mamadi Doumbouya »
Avec un (CAPEX) investissement colossal de 20 milliards de dollars [18,5 milliards d’euros, NDLR], Simandou devient une aventure humaine et économique sans précédent. Il prouve qu’il est possible de bâtir un développement inclusif et durable en alliant innovation, respect des normes environnementales et coopération internationale. En impliquant pleinement l’État guinéen dans sa gouvernance et en adoptant un modèle de co-développement, ce projet trace les contours d’un avenir économique prospère, non seulement pour la Guinée, mais aussi pour toute la région.
« En impliquant pleinement l’État guinéen dans sa gouvernance et en adoptant un modèle de co-développement, ce projet trace les contours d’un avenir économique prospère, non seulement pour la Guinée, mais aussi pour toute la région »
Quel Impact le Projet Simandou Aura-t-il sur la Population ?
D. D. : Le succès du projet Simandou repose sur la vision du président Mamadi Doumbouya, qui privilégie le co-développement comme levier stratégique. Ce modèle permet de partager les coûts et les risques, renforçant ainsi la viabilité du projet. Aujourd’hui, avec la finalisation des accords financiers et des avancées concrètes sur le terrain, Simandou est solidement sécurisé.
Le co-développement vise à aligner les intérêts des grandes puissances asiatiques, occidentales et guinéennes, garantissant une coopération équilibrée. Une avancée majeure a été la création de la Compagnie du TransGuinéen, dans laquelle l’État détient désormais 15 % des parts, contre 0 % auparavant, renforçant ainsi la souveraineté nationale sur le projet.
Au-delà de son impact économique, Simandou intègre des normes environnementales rigoureuses en respectant les standards ESG, garantissant une exploitation responsable et durable. Son infrastructure ferroviaire de 650 km ne se limitera pas au transport du minerai, mais bénéficiera également aux passagers et aux marchandises, dynamisant le développement économique régional.
En parallèle, le projet prévoit la construction de routes, de nouvelles villes et de zones économiques stratégiques, positionnant la Guinée comme un hub logistique majeur en Afrique de l’Ouest et ouvrant la voie à une transformation structurelle de l’économie nationale.
« Une avancée majeure a été la création de la Compagnie du Transguinéen, dans laquelle l’État détient désormais 15 % des parts »
Y Aura-t-il d’Autres Avantages en Termes de Contenu Local ?
D. D. : Le plan de contenu local repose sur trois objectifs majeurs : favoriser l’emploi guinéen, créer des opportunités économiques pour les entreprises locales et garantir un transfert efficace des compétences et des technologies. Parallèlement, l’implication de l’État dans la gouvernance du projet a été renforcée, avec un président guinéen à la tête du conseil d’administration de la Compagnie du TransGuinéen et un directeur général adjoint guinéen, assurant ainsi une gestion plus souveraine.
D’un montant total de 20 milliards de dollars, Simandou représente l’un des plus grands investissements miniers au monde. Avant l’introduction du modèle de co-développement, chaque entreprise devait financer ses propres infrastructures, ce qui entraînait des coûts considérables. Désormais, la mutualisation des investissements permet de réduire ces dépenses de moitié, voire davantage. À ce jour, certains travaux affichent un taux d’achèvement de 40 à 50 %, et la mise en place d’un guichet unique facilite considérablement les démarches administratives.
« L’implication de l’État dans la gouvernance du projet a été renforcée, avec un président guinéen à la tête du conseil d’administration de la Compagnie du Transguinéen et un directeur général adjoint guinéen, assurant ainsi une gestion plus souveraine »
L’agenda du projet est ambitieux : les infrastructures doivent être livrées d’ici le 31 décembre 2025, avec des jalons intermédiaires pour assurer le respect des délais. Autrefois divisé en deux initiatives distinctes, Simandou est désormais un projet unifié, sous une seule convention et une seule entité, la Compagnie du TransGuinéen, qui détient et contrôle l’ensemble des infrastructures stratégiques.
Les négociations, longues et complexes, ont mobilisé des experts et des cabinets de conseil internationaux pour garantir les intérêts de la Guinée. Grâce au modèle de co-développement, l’État joue désormais un rôle central dans le projet, garantissant une répartition plus équitable des bénéfices entre les investisseurs et la population guinéenne.
« Les infrastructures doivent être livrées d’ici le 31 décembre 2025, avec des jalons intermédiaires pour assurer le respect des délais »
Comment le projet Branding Guinée, intégré à Simandou, Contribue-t-il à Transformer la Guinée en une Destination Économique et Touristique de Choix ?
D. D. : Au-delà des cinq piliers du Programme Simandou, la Guinée ambitionne de se positionner comme une nouvelle destination économique et touristique en Afrique de l’Ouest. Dans cette dynamique, le programme Branding Guinée, intégré à Simandou 2040, vise à promouvoir le pays sur la scène internationale en mettant en valeur ses atouts naturels, culturels et économiques. Avec ses quatre grandes régions – Moyenne-Guinée, Basse-Guinée, Haute-Guinée et Guinée Forestière –, le pays dispose d’un patrimoine exceptionnel, propice à l’essor du tourisme et à l’attraction des investisseurs. L’objectif est de bâtir un écosystème touristique et culturel dynamique, tout en adoptant une approche écologique et responsable pour préserver l’environnement.
Pour rendre le climat des affaires plus attractif, des réformes structurelles sont en cours afin de sécuriser les investissements et renforcer la transparence. Un nouveau cadre législatif est en train d’être mis en place pour assurer stabilité et prévisibilité aux acteurs économiques. De plus, la création d’une autorité de contenu local vise à maximiser les retombées économiques pour les entreprises guinéennes, tandis que des structures d’accompagnement facilitent l’implantation des investisseurs. Parallèlement, des initiatives sont menées pour améliorer la gouvernance et redorer l’image du pays à l’international.
Cependant, au-delà des infrastructures et des réformes économiques, le succès de Simandou 2040 repose avant tout sur une transformation des mentalités au sein de l’administration et de la société guinéenne. Il ne s’agit pas seulement de construire des routes et des bâtiments, mais de forger une nouvelle culture du développement, fondée sur la transparence, l’efficacité et le respect des citoyens. L’État doit montrer l’exemple en adoptant une gouvernance moderne et rigoureuse, instaurant ainsi une dynamique vertueuse dans l’ensemble de la société. Un simple geste symbolique, comme l’obligation pour un policier de saluer un citoyen avant de demander ses documents, illustre cette volonté d’améliorer les relations entre l’administration et la population.
Enfin, la Guinée évolue dans un contexte mondial marqué par des défis géopolitiques et économiques majeurs. Pourtant, grâce à une vision stratégique et méthodique, le pays se dirige progressivement vers une intégration panafricaine ambitieuse. Désormais, la Guinée ne se contente plus d’être un simple exportateur de matières premières : elle aspire à devenir un acteur économique incontournable en Afrique de l’Ouest et un modèle de développement durable pour l’ensemble du continent.
« Au-delà des infrastructures et des réformes économiques, le succès de Simandou 2040 repose avant tout sur une transformation des mentalités au sein de l’administration et de la société guinéenne »
Vue Plage Camayenne
Plage Camayenne
De Quelle Manière ?
D. D. : Le projet Simandou dépasse largement le cadre de l’exploitation minière : il ambitionne de faire de la Guinée un centre logistique stratégique pour l’Afrique de l’Ouest. Grâce à ses 650 km d’infrastructures ferroviaires, il ne bénéficiera pas uniquement au pays, mais jouera un rôle clé dans l’intégration régionale, en facilitant les échanges avec les nations voisines et en renforçant la connectivité du continent.
Dans cette dynamique, le programme Simandou 2040 intègre le développement de corridors économiques le long des infrastructures ferroviaires. Cela implique une restructuration du réseau routier, en le transformant en un axe stratégique et commercial capable d’accompagner la croissance économique et d’optimiser la circulation des biens et des personnes.
Un enjeu central du projet est la gestion efficace des revenus de Simandou. Une part significative des recettes sera allouée à un fonds souverain, destiné à lever des capitaux à moindre coût et à financer des projets stratégiques pour la Guinée, accélérant ainsi son développement économique de manière durable.
« Le projet Simandou dépasse largement le cadre de l’exploitation minière : il ambitionne de faire de la Guinée un centre logistique stratégique pour l’Afrique de l’Ouest »
Avec sa position géographique centrale en Afrique de l’Ouest, la Guinée aspire également à devenir un hub logistique majeur. À cet effet, le pays prévoit la construction d’un port en eau profonde, non seulement pour les exportations minières, mais aussi pour désenclaver et desservir toute la région. Cette initiative s’inscrit dans une démarche de souveraineté économique, illustrée par la volonté de faire transiter plus de 50 % des flux financiers du projet par une banque guinéenne.
« Le pays prévoit la construction d’un port en eau profonde, non seulement pour les exportations minières, mais aussi pour désenclaver et desservir toute la région »
Enfin, Simandou est bien plus qu’un projet industriel : c’est une initiative structurante aux multiples retombées. Il englobe les mines, les infrastructures ferroviaires, un port et le développement de la sidérurgie, avec un investissement de 20 milliards de dollars. Ce projet colossal génère des milliers d’emplois directs et indirects, ainsi que des milliards de dollars de contrats pour les entreprises locales. Mais au-delà de son impact économique, Simandou est avant tout une aventure humaine, portée par un leadership fort et une vision ambitieuse, visant un développement inclusif et durable pour la Guinée.
« Simandou est bien plus qu’un projet industriel : c’est une initiative structurante aux multiples retombées »
Quelles Perspectives Pour l’Après-Simandou ?
D. D. : L’après-Simandou repose sur une vision ambitieuse qui vise à transformer en profondeur l’économie guinéenne et à garantir un développement durable à long terme. Le programme Simandou 2040 s’appuie sur cinq piliers stratégiques, qui vont bien au-delà de l’exploitation minière et qui préparent le pays à une diversification économique solide et pérenne.
Le premier pilier concerne l’agriculture, l’industrie alimentaire et le commerce. L’objectif est de réduire la dépendance de la Guinée aux ressources minières en investissant dans des secteurs essentiels à sa souveraineté économique. Une partie des revenus issus du projet Simandou sera consacrée à la modernisation de l’agriculture, afin d’améliorer les rendements et de garantir la sécurité alimentaire du pays. Par ailleurs, des investissements seront réalisés pour encourager la transformation locale des matières premières agricoles, ce qui permettra de créer de la valeur ajoutée et de stimuler le commerce, tant au niveau national qu’international.
« Une partie des revenus issus du projet Simandou sera consacrée à la modernisation de l’agriculture »
Le deuxième pilier repose sur l’éducation et la culture, car le développement durable d’un pays passe avant tout par le renforcement de son capital humain. Conscient de cet enjeu, le gouvernement prévoit d’allouer une part importante des revenus de Simandou à l’amélioration du système éducatif et au renforcement de la formation professionnelle. Cela se traduira notamment par la création d’écoles d’excellence et le développement d’instituts spécialisés capables de former une main-d’œuvre qualifiée et adaptée aux besoins de l’économie guinéenne. Dans cette même optique, le bataillon militaire de Guinée aura pour mission d’encadrer et de former des jeunes issus de toutes les régions du pays, leur offrant ainsi des perspectives et contribuant à la cohésion nationale.
« Le gouvernement prévoit d’allouer une part importante des revenus de Simandou à l’amélioration du système éducatif et au renforcement de la formation professionnelle »
Le troisième pilier concerne les infrastructures, le transport et les technologies, qui constituent des leviers essentiels pour favoriser un développement économique durable. Afin d’améliorer la connectivité du pays et de faciliter les échanges commerciaux, des investissements massifs seront réalisés dans la construction de routes et l’extension du réseau ferroviaire. Parallèlement, des efforts seront déployés pour renforcer les télécommunications et faciliter l’accès aux nouvelles technologies, permettant ainsi aux entreprises guinéennes de gagner en compétitivité et d’innover dans leurs secteurs respectifs.
« Des efforts seront déployés pour renforcer les télécommunications et faciliter l’accès aux nouvelles technologies »
Le quatrième pilier porte sur l’économie, la finance et les assurances, avec pour objectif de créer un cadre financier solide et structuré, capable d’accompagner la croissance des entreprises locales et d’attirer les investisseurs étrangers. Pour y parvenir, des réformes seront mises en place afin d’améliorer le climat des affaires, de moderniser le secteur bancaire et de développer des mécanismes d’assurance adaptés aux besoins des entrepreneurs guinéens. Cette dynamique vise à garantir la stabilité économique du pays et à assurer une répartition plus équitable des richesses générées par Simandou.
« Des réformes seront mises en place afin d’améliorer le climat des affaires, de moderniser le secteur bancaire et de développer des mécanismes d’assurance adaptés aux besoins des entrepreneurs guinéens »
Enfin, le cinquième pilier est consacré à la santé et au bien-être, car un développement économique ne peut être durable sans une amélioration des conditions de vie des populations. L’un des grands objectifs du programme Simandou 2040 est de garantir un accès élargi aux soins de santé en construisant de nouveaux hôpitaux modernes et en renforçant la couverture sanitaire sur l’ensemble du territoire. Des politiques sociales inclusives seront également mises en place pour répondre aux besoins des populations les plus vulnérables et assurer un développement harmonieux du pays.
« L’un des grands objectifs du programme Simandou 2040 est de garantir un accès élargi aux soins de santé en construisant de nouveaux hôpitaux modernes et en renforçant la couverture sanitaire sur l’ensemble du territoire »
Forbes