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Le discours d’Emmanuel Macron à Ougadougou, ce mardi 28 novembre le 29/11/2017 à 14h41

Le président français a délivré un long discours "à l'Afrique", ce mardi 28 novembre devant des étudiants de l'université de Ouagadougou, qui devrait faire date, tant les sujets abordés ont été nombreux. Nous vous livrons ici l'intégralité de cette intervention.

C’est un discours fleuve que le président français à délivré ce mardi à l’université de Ouagadougou. Sécurité, éducation, démographie, assassinat de Thomas Sankara, culture, francophonie… La palette des sujets abordés dans ce texte préparé en lien direct avec le Conseil présidentiel pour l’Afrique installé fin août par Emmanuel Macron est vaste.

• Burkina Faso : ce qu’il faut retenir du discours d’Emmanuel Macron

• Macron à Ouagadougou : « Il ne faut pas avoir une approche bêtement anti-impérialiste »

• Levée du secret-défense sur l’assassinat de Sankara : « Une bonne chose », selon Mariam Sankara

Nous vous proposons ici le texte complet de ce discours :

« Je voudrais tout d’abord exprimer ma profonde reconnaissance au président Kaboré et à Monsieur le président de l’université et à vous tous, mesdames, messieurs, de m’accueillir ici dans votre pays, dans votre région et dans ce lieu où votre présence et vos visages me donnent une vision pleine de promesses d’avenir et qui se construit ici. Merci, Monsieur le président, de l’accueil qui nous est réservé depuis hier soir dans votre pays, de cette journée que nous allons passer ensemble et de m’avoir permis de m’adresser à vous dans ce cadre.

Je suis également reconnaissant à chacun d’entre vous d’avoir suspendu pour quelques heures la tâche la plus précieuse au monde : la construction de l’avenir que vous osez inventer selon la belle formule d’un de vos compatriotes. « Cet avenir que vous osez inventer », vous l’avez reconnue, c’est une formule de Thomas SANKARA à qui je souhaite solennellement rendre hommage.

    Il n’y a plus de politique africaine de la France !!

Alors on m’a dit, ici c’est un amphithéâtre marxiste et panafricain. Donc je me suis dit : « C’est peut-être l’endroit où je dois aller pour m’exprimer. »

Parce que je ne vais pas venir vous dire que nous allons faire un grand discours pour ouvrir une nouvelle page de la relation entre la France et l’Afrique. Ou je ne suis pas venu ici vous dire quelle est la politique africaine de la France comme d’aucuns le prétendent. Parce qu’il n’y a plus de politique africaine de la France !!

Il y a une politique que nous pouvons conduire, il y a des amis, il y a des gens avec qui on est d’accord, d’autres non. Mais il y a surtout un continent que nous devons regarder en face. Alors, il n’est jamais aisé, compte tenu de notre histoire partagée pour un président français de venir parler comme cela de l’Afrique, et je n’aurais pas la prétention ici d’exprimer la complexité et la diversité d’un continent de 54 pays.

D’abord parce que ça a quelque chose de terriblement arrogant d’essayer d’expliquer en quelque sorte qu’il y aurait une unité absolue, une homogénéité complète ; 54 pays, avec autant d’histoire, avec plus encore d’ethnies et de langues, avec des relations qui ne sont pas les mêmes à l’égard de la France et un passé des traumatismes bien souvent différents.

Néanmoins, si je ne veux pas m’improviser historien tout particulièrement dans l’université qui a pris le nom d’un des plus grands historiens du continent, je veux m’exprimer ici au pays des hommes intègres  parce que je sais  qu’on ne parle pas qu’au Burkina Faso,  ni même uniquement à l’Afrique de l’Ouest, ni même uniquement en Afrique francophone ;  parce que ces barrières qu’on a longtemps mises dans nos représentations,  dans nos lectures politiques,  dans nos analyses, ce ne sont plus les barrières de l’Afrique d’aujourd’hui,  de la vôtre.

Ces barrières entre une Afrique francophone ou une Afrique anglophone,  entre une Afrique du Nord  et une Afrique subsaharienne,  entre une Afrique francophone et lusophone aussi, toutes ces barrières-là sont artificielles, elles ne viennent que plaquer en quelque sorte un passé qui doit passer,  des représentations qui ont été,  des constructions qui doivent évoluer.

    Je suis comme vous d’une génération qui n’a jamais connu l’Afrique comme un continent colonisé

Je parlerais donc ici devant vous de l’Afrique comme d’un continent pluriel, multiple, fort, et comme d’un continent où se joue une partie de notre avenir commun.

Je vous parlerais avec sincérité mais aussi avec une profonde amitié. Je suis comme vous d’une génération qui n’a jamais connu l’Afrique comme un continent colonisé.

Je suis d’une génération dont l’un des plus beaux souvenirs politiques est la victoire de Nelson Mandela et son combat contre l’apartheid, chassé par une solidarité panafricaine allant de l’Alger à Rabat, de Luanda à Conakry. C’est cela l’histoire de notre génération.

Aussi je me refuse à toujours revenir sur les mêmes représentations d’hier. Il y a eu des combats, il y a eu des fautes et des crimes, il y a eu des grandes choses et des histoires heureuses. Mais j’ai une conviction profonde, notre responsabilité n’est pas de nous y enferrer,  notre responsabilité n’est pas de rester dans ce passé et de vivre l’aventure pleine et entière de cette génération.

Je suis d’une génération de Français pour qui les crimes de la colonisation européenne sont incontestables et font partie de notre histoire. Je me reconnais dans les voix d’Albert Londres et d’André GIDE qui ont dénoncé les milliers de morts du Chemin de fer du Congo, et je n’oublie pas que ces voix  alors ont été minoritaires en France comme en Europe.

Je suis aussi d’une génération qui a été impressionnée par la détermination de la jeunesse burkinabè à défendre à deux reprises et parfois au prix de sa vie les acquis de la démocratie et de l’Etat de droit.

Je suis d’une génération où on ne vient pas dire à l’Afrique  ce qu’elle doit faire,  quelles sont les règles de l’Etat de droit mais où partout on encouragera celles et ceux qui en Afrique veulent prendre leurs responsabilités, veulent faire souffler le vent de la liberté et de l’émancipation comme vous l’avez fait ici.

Et je suis d’une génération qui observe, que partout sur le continent africain, la jeunesse africaine réclame avec impatience de participer à la construction du destin de son pays et de la mondialisation. Je suis d’une génération de Français pour qui l’Afrique n’est ni un encombrant passé, ni un voisin parmi d’autres. La France entretient avec l’Afrique un lien historique indéfectible, pétri de souffrance, de déchirements, mais aussi si souvent de fraternité et d’entraide.

L’Afrique est gravée dans la mémoire française, dans la culture, dans l’Histoire, dans l’identité de la France et c’est là une force et une fierté que je veux cultiver, que je veux porter comme un atout de la France, pour la France et pour l’Afrique dans notre rapport au monde.

Je constate qu’il y a un incident technique. Je voudrais juste m’assurer qu’il n’y a pas de troubles qui vont au-delà. Tout va bien ? Que celui qui a pris les étincelles le disent au lieu de se tenir dignement. (coupure de son)

Nous sommes une génération dont les destins mêlés, qu’on le veuille ou non, parce que nous avons cette Histoire commune mais parce que nos parents, nos frères, parfois nos enfants ont fait ce choix d’enjamber les continents et les mers. Et je suis, comme vous, d’une génération convaincue que les diasporas africaines de France sont aussi au cœur de notre ouverture du monde. Et je suis aussi convaincu, comme nombre d’entre vous dans cette salle, que nous ne pouvons simplement nous regarder comme étant à des milliers et des milliers de kilomètres, mais comme étant aussi souvent de sang, d’Histoire et de destins mêlés.

J’entends souvent dire que la force de l’Afrique, c’est sa jeunesse. Quand je vois les chiffres, qu’il s’agisse du Faso comme de toute la région, il est difficile de dire le contraire. Mais permettez-moi de dire que la force de la France, surtout en Europe aujourd’hui, c’est aussi sa jeunesse. Et sa jeunesse, elle est en partie issue de cette Histoire commune. Sa jeunesse, pour partie, elle regarde aussi l’Afrique. Elle nous écoute quand nous parlons d’Afrique parce que nous lui parlons à elle-même. La jeunesse française est aussi pour partie une jeunesse sénégalaise, ivoirienne, guinéenne, burkinabé, nigérienne, malienne ; elle est aussi tout cela. Et donc lorsque je vous parle de vous, je vous parle aussi de moi.

Enfin, je suis d’une génération profondément européenne. D’une génération qui est fortement attachée à son pays mais aussi à ce qu’il peut construire avec les autres. J’en tire la conviction intime que ce n’est pas simplement un dialogue franco-africain que nous devons reconstruire ensemble, mais bien un projet entre nos deux continents, mais bien une relation nouvelle, repensée à la bonne échelle, où l’Union européenne saura parler et construire avec l’Union africaine et avec l’Afrique tout entière. C’est bien à cette échelle que les choses aujourd’hui se jouent.

C’est pour toutes ces raisons que j’ai tenu à être devant vous aujourd’hui, ici au Burkina Faso, et dans ce lieu. Un lieu où on ne peut pas tricher, un lieu qui résume les deux visages de l’Afrique : celui de ses formidables opportunités mais aussi celui de ses difficultés, des épreuves, du combat quotidien que chacun d’entre vous mène avec courage pour forger son propre destin. Je ne serai pas du côté de ceux qui voient dans l’Afrique le continent des crises et de la misère, mais je ne serai pas non plus du côté de ceux qui vantent une Afrique enchantée, une Afrique soudainement parée de toutes les vertus et érigée en modèle.

    L’Afrique est le continent central, global, incontournable car c’est ici que se télescopent tous les défis contemporains

Je ne serai pas de ceux qui se voilent la face et ignorent la difficulté de votre quotidien. De ceux qui ignorent les grèves, les années blanches, les difficultés d’accéder à des manuels, à une bourse, parfois tout bonnement à une vie simple et heureuse. Je serai du côté de ceux qui portent un regard lucide. Ceux qui considèrent que l’Afrique n’est ni un continent perdu, ni un continent sauvé. Je considère que l’Afrique est tout simplement le continent central, global, incontournable car c’est ici que se télescopent tous les défis contemporains.

C’est en Afrique que se jouera une partie du basculement du monde. Si nous échouons à relever ces défis ensemble, alors l’Afrique tombera dans l’obscurité, c’est possible. Elle régressera, elle reculera. Mais avec elle, l’Europe aura les mêmes difficultés, parce que s’ouvrira une longue période de migration, de misère, des routes de la nécessité et de la douleur plus encore qu’aujourd’hui.

Mais si nous parvenons à relever ensemble ces défis, si nous sommes à la hauteur de ce grand moment de bascule que nous sommes en train de vivre, alors ici se jouera une partie de la croissance du monde. Alors ici, cette jeunesse sera une jeunesse de réussite et de conquête parce qu’il y a tout à conquérir. Alors ce sera une ère de développement, de croissance et d’opportunités nouvelles pour les Africains comme pour toutes celles et ceux qui voudront à leurs côtés mener cette aventure.

Ce grand moment de bascule, c’est celui où en Afrique, nous devons justement relever tous les défis. Le terrorisme qui a frappé deux fois notre capitale mais qui chaque jour, de manière insidieuse, bouscule les équilibres et la stabilité du pays. Le changement climatique qui ravage le Sahel plus que toute autre région dans le monde, qui au lac Tchad, dans toute la bande sahélo-saharienne, bascule des populations entières, plonge dans la pauvreté la plus complète des femmes et des hommes qui vivaient de l’agriculture, de la vente du poisson ou de routes commerciales qui vivaient depuis des siècles et des siècles.

La démographie, avec 450 millions de jeunes à insérer sur le marché du travail en Afrique d’ici 2050 ; l’urbanisation puisque l’Afrique sera dans quelques années le continent des mégalopoles ; et enfin la démocratie, combat que vous avez ici mené et gagné et qui reste le combat d’une grande partie de la jeunesse africaine. Surtout, vous connaissez ce qu’aucun autre continent n’a connu, ce qu’aucune autre génération n’a connu : le cumul en même temps de tous ces défis.

Votre génération a une responsabilité immense, celle de devoir le plus rapidement possible relever ces défis tous ensemble. Vous ne pouvez pas simplement gagner le défi du changement climatique en oubliant les autres, vous ne pouvez pas simplement gagner la bataille contre le terrorisme si, dans le même temps, vous ne gagnez pas celui du développement économique et de la stabilité. C’est tout en se (coupure de son)… beaucoup d’autres ont échoué, là où beaucoup d’autres se sont dit : « Ce combat n’est pas pour nous. Nous pouvons en faire l’économie », là où beaucoup d’autres s’étaient habitués.

Si je suis venu m’adresser à vous, c’est que beaucoup de choses résident en vous. Je vous en dois quelques-unes. Vos gouvernants vous en doivent aussi beaucoup, mais c’est en vous que réside une partie de la solution. Dans votre volonté de prendre ce chemin, dans votre force de caractère et votre détermination à réussir ce temps de bascule, dans notre capacité ensemble à relever ce défi. La solution ne viendra pas de l’extérieur, mais elle ne viendra pas non plus du statu quo ou des vieilles habitudes.

Je veux être à vos côtés. Celui qui aidera l’Europe à saisir cette chance, celle d’écouter la jeunesse africaine, d’en tirer le meilleur et de mettre son potentiel au profit de l’ensemble du monde. Et cela commence en venant devant vous, à votre écoute, à l’écoute de toutes les voix. J’irai écouter la jeunesse partout où elle se trouve, partout où elle s’exprime. Cet après-midi ensemble dans une école, demain en Côte d’Ivoire puis après-demain au Ghana sur des terrains de football. J’irai partout écouter ce qui s’exprime, ce qui se dit, ce qui se veut. Mais d’autres m’aideront aussi pour entendre votre message et j’ai tenu à ce qu’ils soient présents à mes côtés aujourd’hui.

    J’ai pris l’engagement d’avoir une France au rendez-vous du défi de développement

Ce sont les membres du Conseil présidentiel pour l’Afrique. Pour l’Afrique car ils seront un lien permanent avec vous comme le sont les organisations que je n’oublie pas, qui œuvrent au quotidien sur le terrain aux côtés des populations. Et présidentiel car votre voix me sera restituée sans filtre, sans intermédiaire, sans concession. C’est ce qu’ils ont commencé à faire il y a quelques jours, lorsque nous avons préparé ensemble ce déplacement.

Ce sont des jeunes femmes et de jeunes hommes qui ont accepté de prendre sur leur temps pour venir être, en quelque sorte, vos porte-voix, pour venir à la rencontre, pour venir écouter, partager leur expérience. Non pas me dire ce qu’il faudrait me dire ou ce qu’on dit à un président de la République depuis parfois bien longtemps. Non ! Me dire ce qui se dit, ce qui se ressent, ce qui se veut, ce qui est attendu, ce qui est nécessaire. C’est ce qu’ils continueront de faire en veillant au respect des engagements pris devant vous.

Parce que je suis venu pour prendre des engagements et j’en ai déjà pris. J’ai pris l’engagement d’avoir une France au rendez-vous du défi de développement. Beaucoup de ce que je viens de rappeler et de ce que je vais dans un instant détailler ne serait pas possible si la France n’était pas à la hauteur de ce défi et ne décidait pas d’être à la hauteur en termes d’aide publique au développement. Je sais que c’est très attendu. Aussi ai-je pris l’engagement, dès le début de mon mandat, d’atteindre à la fin de celui-ci les 0,55 % du revenu national brut en termes d’aide publique au développement. C’est un engagement ferme, il est exigeant.

Il est exigeant. Il supposera des efforts, nous les ferons. Parce que ces efforts, c’est la contribution française à la réussite de tout un continent, de nombreux pays, parce que c’est une part de notre réussite aussi. Et donc, dans les prochains mois, une stratégie sera détaillée, préparée par le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, qui année après année, expliquera très précisément comment nous y parviendront avec des engagements financés et avec des financements à la clef.

Mais je ne veux pour autant pas que nous nous arrêtions aux chiffres. L’aide publique au développement, nous savons parfois ce que ça peut dire, ce que cela a pu dire. Un argent qui va trop peu sur le terrain, trop peu justement aux jeunes ou ceux qui en ont le plus besoin. Et donc, cette philosophie qui a été changée il y a plusieurs années en France sous l’autorité de Jean-Michel SEVERINO dont je salue ici la présence, et qui est aujourd’hui portée à la tête de l’AFD, l’Agence Française de Développement par Rémy RIOUX, également à mes côtés, c’est cette transformation que nous avons conduite depuis plusieurs années, conduisant à avoir une politique de développement française plus proche du terrain, plus à l’écoute des besoins, travaillant de manière plus délocalisée au contact des besoins.

    Parfois, notre aide publique au développement ne répond pas aux besoins

Nous devons passer une nouvelle étape, franchir encore un nouveau seuil. Je souhaite que nous réfléchissions dans les prochains mois avec vous peut-être à un nouveau nom, à une nouvelle philosophie, à des nouvelles modalités d’action, comme ce que nous avons su faire ensemble il y a quelques semaines au Sahel avec l’Alliance pour le Sahel. C’est-à-dire savoir avoir une aide publique au développement plus spécifique où nous nous mettons ensemble autour de la table, de manière directe, avec les étudiants, avec les ONG, avec les associations, avec les entreprises et où la France, avec ses partenaires africains, se met en situation d’agréger l’aide multilatérale, l’aide d’autres puissances européennes pour être plus efficace.

Non pas pour avoir des cathédrales que nous construisons à notre gloire, non. Pour poursuivre des projets dont les Africains ont besoin. L’Alliance pour le Sahel lancée en juillet dernier, elle associe l’Allemagne, l’Union européenne, la Banque africaine de développement, la Banque mondiale et le PNUD avec l’ensemble des membres du G5 Sahel. Et elle permet de manière beaucoup plus efficace, avec méthode, d’intervenir ainsi sur le terrain.

C’est ce changement de méthode que je proposerai à tous demain au sommet entre l’Europe et l’Afrique à Abidjan. C’est ce changement de méthode que nous avons commencé mais qui doit se poursuivre de manière indispensable, où nous devons être plus efficace, plus au contact des besoins du terrain, en désintermédiant parfois notre organisation et en ayant davantage collectivement une culture de l’évaluation.

Parfois, notre aide publique au développement ne répond pas aux besoins. Elle fait plaisir à des gouvernements français ou africains. C’est une mauvaise méthode. Elle doit être évaluée ; elle doit être évaluée. Si elle est efficace, il faut la poursuivre. Si elle ne l’est pas, il faut la réorienter vers des projets portés sur le terrain et des projets que nous accompagnerons. C’est cette nouvelle philosophie, cette nouvelle volonté qui accompagnera l’engagement ferme en termes de financement pris par la France.

Mesdames et messieurs, chers amis, les mots sont importants parce qu’ils sont le début d’un choix partagé, d’une histoire partagée, d’un imaginaire commun. C’est pourquoi la proposition avec laquelle je viens devant vous, ce n’est pas de décréter seul une nouvelle étape de notre relation, non. C’est avec humilité de vous proposer d’inventer ensemble une amitié. Nous avons tout pour y parvenir. Une histoire, des liens, des aventures familiales, des passions communes avec tout ce qu’elles emportent. Des déchirements, des volontés folles de faire et surtout une amitié pour agir. Car il s’agit bien ensemble de peser sur les grands équilibres du monde de demain.

    C’est la responsabilité de dire que les drames qui se déroulent sous nos yeux en Libye sont un crime contre l’humanité

C’est cela aujourd’hui ce que, avec vous, je suis venu faire. Proposer d’inventer une amitié pour agir. Et le ciment de l’amitié, c’est de commencer par tout se dire. C’est de ne faire l’impasse sur aucun des périls qui peuvent emporter, de manière irréversible, la stabilité de l’Afrique mais aussi avec elle de l’Europe. C’est de les identifier et chacun de prendre sa part de responsabilité. Le premier péril qui pèse sur chacune de nos consciences, c’est l’atteinte à notre dignité humaine. C’est la responsabilité de dire que les drames qui se déroulent sous nos yeux en Libye sont un crime contre l’humanité.

Elles sont le stade ultime de la tragédie que nous avons laissé prospérer sur ce que j’appelle les routes de la nécessité. Ces routes du Sahel, de la Libye, de la Méditerranée, ultimes car elles nous ramènent au pire désastre de notre histoire partagée : celui de l’esclavagisme, celui de la traite des êtres humains. C’est une histoire complexe, millénaire. Une histoire de l’Afrique avec elle-même et de l’Afrique avec l’Europe. Mais c’est un crime contre l’humanité aujourd’hui sous nos yeux. Il faut le nommer, non pas pour accuser l’autre comme je l’entends parfois. Non pas pour dire : « Le problème est ailleurs. » Non, pour agir avec force, avec vigueur.

Je proposerai demain à Abidjan, lors du sommet rassemblant l’Europe et l’Afrique, aux côtés du président OUATTARA et du président CONDE, une initiative euro-africaines pour mettre un terme à cette stratégie portée par tous ceux qui veulent notre destruction. La stratégie des terroristes, des trafiquants d’armes et d’êtres humains qui conduisent à la tragédie que nous voyons sous nos yeux. Une initiative qui doit commencer par frapper les organisations criminelles, les réseaux de passeurs qui agissent impunément depuis les centres urbains de la Corne de l’Afrique et de l’Afrique de l’Ouest jusqu’aux côtes européennes.

Je salue, à ce titre, les actions courageuses qui ont déjà été prises par les autorités nigériennes. Je proposerai également que l’Afrique et l’Europe viennent en aide aux populations prises au piège en Libye, en apportant un soutien massif à l’évacuation des personnes en danger. C’est un devoir et c’est le nôtre. D’abord, comme nous l’avons lancé le 28 août dernier à Paris, en ayant une action des pays européens et de l’Union européenne en lien étroit avec l’Union africaine dont je salue sur ce sujet l’engagement, qui consiste au Niger et au Tchad à aller envoyer des missions de l’OFPRA mais aussi de tous les équivalents européens, pour travailler en lien étroit avec le HCR afin d’identifier les femmes et les hommes qui peuvent bénéficier de la protection du droit d’asile. Nous devons, dès là-bas, les protéger et les ramener en Europe.

Nous avons commencé à envoyer les premières missions et je m’engage à ce que la France et l’Europe à ses côtés puisse être à la hauteur de ce défi. Mais dans le même temps, nous devons aussi encourager le travail de l’Organisation internationale des migrations pour travailler avec tous les Etats africains d’origine et aider au retour dans les états d’origine. Nous ne pouvons pas laisser des centaines de milliers d’Africains qui n’ont aucune chance d’obtenir le droit d’asile, qui vont passer parfois des années en Libye prendre tous les risques dans la Méditerranée, courir à ce drame. Il est donc indispensable d’œuvrer pour leur retour et d’aider à cet l’égard l’Organisation internationale des migrations.

La France a commencé à faire ce travail en lien étroit avec les autorités tchadiennes et nigériennes. Je veux ici remercier les présidents DEBY et ISSOUFOU. Mais face à l’ampleur de la tragédie qui est sous nos yeux, il faut changer d’échelle dans notre mobilisation. Alors que la Libye cherche encore la voix de sa stabilisation, nous ne pouvons laisser les autorités libyennes affronter seules ce défi. Nous avons là l’opportunité, le devoir historique de donner un sens concret au partenariat entre l’Europe et l’Afrique. La France sera au rendez-vous. Je souhaite que l’Europe tout entière le soit.

    L’armée française fait partie des rares armées européenne qui a la possibilité d’agir en si peu de temps

Le deuxième impératif c’est la lutte contre le terrorisme. Je le dis ici parce que nous avons ce destin tragique en comment ; nos deux pays durant ces dernières années ont été bousculés, frappés meurtrie par le terrorisme.

Nos deux pays ont été frappés et  meurtris par un terrorisme islamiste qui s’est construit dans la zone irako-syrienne, qui s’est construit aussi aujourd’hui dans la bande sahélo saharienne.

La France a été à vos côtés au rendez-vous, et je salue ici la décision courageuse prise par mon prédécesseur François HOLLANDE lorsqu’il a décidé de manière extrêmement rapide d’intervenir au Mali pour stopper l’avancée des terroristes.

C’était la bonne décision et l’armée française fait partie des rares armées européenne qui a la possibilité d’agir en si peu de temps. Nous l’avons fait parce que la France a toujours été aux côtés de l’Afrique lorsque sa stabilité, lorsque sa vie était en jeu. Comme l’Afrique a toujours été aux côtés de la France lorsqu’il en était de même pour nous ; est cela notre histoire.

Mais aujourd’hui  nous continuons à être présents. Au-delà de la présence de la Minusma c’est bien la force Barkhane présente dans la bande sahélo-saharienne, qui assure la stabilité où des milliers de Françaises et de Français que je veux ici saluer et remercier risquent chaque jour leur vie pour lutter contre le terrorisme dans la région,  pour protéger vos enfants, pour vous aider et pour gagner cette bataille contre le terrorisme. Je veux ici avec vous les remercier pour leur courage et avoir une pensée pour leur famille et pour les victimes.

Mais vous le savez, l’ambition des jeunes soldats français de Barkhane c’est de permettre à leurs frères d’armes burkinabés,  nigériens,  maliens, mauritaniens, tchadiens de rejoindre leur poste et de protéger leurs populations. C’est cela ce qu’ils veulent,  c’est cela ce que je veux.

C’est pour cela que nous avons d’ailleurs lancé ensemble la force G5 Sahel. Ces forces ont pour objectif de coordonner les forces armées des pays membres du G5,  de pouvoir agir sur le terrain sur les zones frontalières les plus difficiles et répondre au défi comme celui que vous visez ici au Burkina Faso.

Nous devons accélérer ce travail lancé en juillet dernier. La France a apporté son soutien financier, militaire, notre coopération est exemplaire ; nous avons aussi formé,  organisé un état-major maintenant intégré.

Les premières expériences ont été faites  avec succès. Je veux aujourd’hui que nous puissions conduire les premières victoires des forces du G5 Sahel. Il est indispensable, dans les prochaines semaines et les prochains mois, que ces forces communes  en particulier dans le fuseau qui vous concerne conduisent  à terrasser ces terroristes, à  mener les premières victoires, elles  sont indispensables pour vos armées, pour votre population et pour ce chemin que nous menons ensemble contre le terrorisme.

C’est un fardeau que nous partageons et demain ce sont en effet des organisations régionales plus fortes et plus réactives qui ont vocation à prendre le relais. Je sais que c’est aussi la volonté profonde du président de l’Union africaine  Alpha CONDE à qui je veux rendre ici hommage et qui n’a jamais ménagé sa peine sur tous les conflits africains pour rendre l’Afrique plus présente dans le règlement de ces conflits.

Mais pour que l’Union africaine soit en effet plus présente et plus crédible encore il faut ces forces  régionales militaires crédibles, construites,  organisées comme celles que nous sommes en train d’édifier pour le G5.

Et je veux saluer à ce titre la volonté aussi du Rwanda, du Sénégal  et d’autres pays africains d’accélérer cette évolution.

C’est le sens de l’histoire. C’est aussi pourquoi je soutiendrai au Conseil de sécurité des Nations Unies l’initiative de l’Union africaine visant à assurer un financement autonome et prévisible aux opérations militaires africaines.

La France poursuivra bien sûr pour accompagner ce travail, les actions de formation que nous menons pour renforcer les capacités sous-régionales.

    L’Afrique n’a jamais connu autant de blocages, autant d’impasses autour de ces constitutions ou de ces élections

La troisième menace qui peut miner l’Afrique ce sont les conflits politiques. Les plus optimistes diront que l’Afrique n’a jamais connu aussi peu de conflits entre Etats. Les plus réalistes – parmi lesquels je me compte – observeront que l’Afrique n’a jamais connu autant de conflits internes,  autant de blocages, autant d’impasses autour de ces constitutions ou de ces élections.

Dans ce domaine  je vous l’ai dit, et je ne vous donnerais pas de leçon. Le président de la République française n’a pas à expliquer dans un pays africain comment  on organise la Constitution,  comment on organise des élections ou la vie libre de l’opposition.

Je n’attends d’ailleurs pas cela d’un président africain pour ce qui concerne l’Europe. Mais c’est son rôle d’être aux côtés de ceux qui travaillent au quotidien, à rendre la démocratie et l’Etat de droit irréversible. Je pense à ceux qui agissent pour l’éducation, les Droits de l’homme, la justice, la liberté de la presse, je pense aux Etats qui le font et aux gouvernements et je salue l’action du président KABORE, je pense aux ONG, aux journalistes, aux universitaires, à toute cette collectivité du pluralisme démocratique, indispensable pour l’Afrique.

En venant ici, au Burkina Faso, j’ai une seule certitude, que le changement, le renouveau générationnel dans un continent dont 70 % de la population a moins de 30 ans, ce n’est pas une option, c’est une loi mathématique. Et ceux qui pensent que, aujourd’hui, en Afrique, on peut avoir la même politique qu’on a parfois eue depuis des décennies et des décennies, qui voudraient retarder le cours de l’histoire, n’ont pas regardé le Burkina Faso à coup sûr, mais n’ont pas compris qu’il y avait un ferment essentiel à ce changement, leur propre jeunesse, la jeunesse africaine, qui elle est en train de tourner une page.

Alors, j’appliquerai à mes interlocuteurs la même exigence que celle que je me suis fixé à moi-même, celle de préparer l’avenir, celle de faire une place à la jeunesse, celle d’investir en elle, je serai aux côtés de ceux qui font le choix de la responsabilité et pas celui du déni, partout où j’aurai de tels partenaires, je travaillerai avec eux sans calcul. Et c’est le cas ici, cher ROCH. Et partout où cela ne sera pas le cas, la France ne se privera pas d’un lien direct avec la jeunesse, les universités, les ONG, les entrepreneurs pour avec eux construire l’avenir.

    Le quatrième péril, c’est l’obscurantisme, c’est l’emprise de l’extrémisme religieux sur les esprits

Le quatrième péril, c’est l’obscurantisme, c’est l’emprise de l’extrémisme religieux sur les esprits, et là aussi, je n’aurai aucune naïveté. C’est une menace bien plus redoutable parfois que le terrorisme, car elle est massive, diffuse, quotidienne, elle s’immisce dans les écoles, dans les foyers, dans les campus, dans la vie politique. Cette menace n’a pas de frontières, ni de continent, tout simplement, parce qu’elle s’attaque à ce qu’il y a de plus intime, la foi et la religion, pour en détourner le sens, pour en transformer la transcendance en négation de l’autre.

Je n’ai, là-dessus, pas de leçon à donner, moi, qui suis le président d’un pays qui est aussi confronté à un défi de ce type à l’intérieur de mes propres frontières et dans un pays laïc, où la séparation de l’Etat et de la religion est complète, mais je veux ici parler à toutes les consciences, aux vôtres, vous pouvez être totalement athée, laïc, et le revendiquer, vous pouvez croire dans l’islam, la religion catholique, dans l’animisme ou tout autre, vous pouvez être musulman, évangéliste, ne laissez jamais la religion dans laquelle vous croyez faire ce pourquoi elle n’a jamais été faite, ne laissez jamais la religion vous convaincre que c’est une aventure de destruction de l’autre.

Ne laissez jamais, au nom de votre religion, certains faire croire qu’ils pourraient dominer, voire détruire ceux qui ne croient pas ou ne croient pas pareil, ne laissez jamais, au nom de votre religion, asservir les consciences ou les individus. Toutes les religions sont des religions construites sur un message d’amour et d’espoir, elles ont des différences, elles se sont parfois combattues, mais nous avons un devoir, celui de construire des Etats libres, séparés du religieux et d’assurer l’exercice libre des consciences et adultes, mais chaque conscience a un devoir, c’est sa part de responsabilité, c’est de ne jamais laisser sa religion détournée de sa fonction première, je vous le dis, parce que, ici, aussi, votre responsabilité est immense.

    Je veux ici remercier le prince héritier d’Arabie Saoudite qui s’est très clairement exprimé sur ce sujet

Il est temps aujourd’hui de faire barrage à l’extrémisme religieux, il ne faut lui laisser aucun espace en le combattant partout, dans les écoles, dans les universités, dans toutes les formes de citoyenneté, le combattre au quotidien, le combattre dans les discours politiques, et dans l’action. Je veux rendre ici hommage au roi du Maroc pour le rôle éminent qu’il joue, et pour les mots qu’il a su trouver pour provoquer cette prise de conscience, compte tenu du rôle éminent qui est le sien.

Mais la priorité doit être pour nous d’aller encore plus loin dans ce combat, nous devons éradiquer le financement de l’extrémisme et de ses chemins détournés de la religion, c’est le message que j’ai fait passer à nombre d’Etats, qui parfois sont intervenus pour financer, qui des fondations, qui des écoles, qui des mouvements prétendus libres pour parfois conduire au pire. L’Arabie Saoudite a rejoint ce combat, et je veux ici remercier le prince héritier d’Arabie Saoudite qui s’est très clairement exprimé sur ce sujet lorsque je l’ai vu il y a quelques semaines.

Je soutiens sa détermination à fermer toutes les fondations qui pendant plusieurs décennies ont entretenu l’extrémisme en Afrique et en Europe, c’est un mouvement courageux qui aura tout mon soutien, nous le suivons de près, je compte aussi sur le Qatar, la Turquie et l’Iran pour s’engager fermement dans ce combat ; ce sera l’enjeu de notre lutte commune dans les prochains mois. Nous ne devons plus accepter que quelque réseau que ce soit finance dans nos pays de manière directe ou détournée des fondations, des organisations qui nourrissent l’obscurantisme ou l’extrémisme.

Ce sera l’enjeu de la conférence sur la lutte contre le financement du terrorisme, que j’organiserai à Paris l’année prochaine. Mais il ne faut pas simplement fermer les écoles qui enseignent la rupture et la régression. Il faut en ouvrir d’autres qui bâtissent le socle commun de connaissances, qui nous rassemblent, nous devons bâtir une école qui libère les esprits et non qui les enferme, c’est pourquoi l’éducation sera la priorité absolue du nouveau partenariat que je vous propose.

C’est le sens de mon engagement aux côtés du président MACKY SALL pour co-parrainer la reconstitution du partenariat mondial pour l’éducation, je me rendrai en février à Dakar pour cela. Et j’aurai deux priorités, d’abord, je veux que la France s’engage massivement pour contribuer à la formation des professeurs, le ministre de l’Education nationale qui m’accompagne dans ce déplacement est tout particulièrement engagé dans ce combat, nous prendrons des engagements concrets, mais il est indispensable que la France aide tous les Etats d’Afrique qui le veulent pour réussir cette bataille contre l’obscurantisme, à former les enseignants, et à construire justement la stratégie qui permettra de former les esprits partout sur le territoire.

Ensuite, je serai aux côtés de tous les chefs d’Etat et de gouvernements africains qui feront le choix de la scolarisation obligatoire des jeunes filles. Je défendrai leur choix, et je demanderai à l’Agence française de développement de soutenir en priorité les programmes visant à la scolarisation des jeunes filles, je fixerai, à nos ambassades, l’objectif d’attribuer des bourses d’études en France en priorité à des jeunes filles. N’ayez pas peur, je n’ai pas dit qu’il n’y en aura que pour les jeunes filles, j’entendais cette mâle réaction visant à protester.

Mais je vous le dis avec la même franchise, je regarde avec inquiétude, parfois dans certains quartiers de mon propre pays, la déscolarisation des jeunes filles progresser, et je le vois dans certains pays africains, si l’Afrique veut réussir, et la France avec elle, ce grand basculement du monde, nous devons former tout le monde et éduquer tout le monde, et nous devons éduquer les jeunes filles, nous devons avoir des jeunes filles et des femmes libres, libres de choisir.

Et je vous le dis pour vous, jeunes hommes qui êtes-là, c’est bon pour vous, la société que vous, vous préparez, la société que nous allons construire, ça ne doit pas être celle d’hier, et parfois encore trop souvent celle d’aujourd’hui, ça ne doit pas être une société où ce sont les hommes qui vont dire ce qui est bon pour les femmes, qui vont leur choisir leur destin, qui vont dire : l’éducation est bonne pour moi, mais très peu pour elle. Ce n’est plus acceptable.

Il y a pas de vecteur de progrès plus puissant pour une société que l’émancipation des jeunes filles, le Soleil des indépendances, celui qu’a fait briller Ahmadou KOUROUMA, est porté par une héroïne africaine, qui incarne tous les espoirs d’un continent. Ce sera ma fierté que la France aide à faire briller le Soleil des indépendances de cette nouvelle génération de femmes africaines.

Cela m’amène à un cinquième défi, que nous ne pouvons pas éluder, c’est celui de la démographie. Y a-t-il des voix qui veulent s’exprimer ? Ne pas en parler, c’est irresponsable, dire : tout va bien, Madame la Marquise, c’est formidable, il n’y a pas de problème, on va continuer ensemble comme on a toujours fait, et on va s’apercevoir qu’il y a une démocratie extraordinairement dynamique, mais dans nombre de pays qui déjà n’ont pas la croissance pour faire vivre une génération, une démographie qui fait basculer encore de l’autre côté, c’est ne pas partager une préoccupation que nous devons avoir en commun.

70 % de jeunes, c’est ça l’Afrique, alors, oui, c’est une chance, je vous l’ai dit, j’y crois, si je n’y croyais pas, je ne serais pas là. Mais c’est surtout une immense responsabilité. Alors la démographie, ça ne se décrète pas, et là aussi, ça ne se dicte pas, aucun président ne va dire : ma démocratie doit être celle-ci ou celle-là, et a fortiori pas un président français pour l’Afrique, mais elle renvoie à des choix personnels, intimes, dans lesquels personne ne doit s’immiscer. Et c’est là le cœur du sujet.

    7,8, 9 enfants par femme, est-ce qu’à chaque fois, dans chaque famille, vous êtes bien sûr que c’est le choix de cette jeune femme ?

Elle doit être un choix, en particulier pour les jeunes filles et pour les femmes, et posez-vous bien la question, partout, vous avez fait 7,8, 9 enfants par femme, est-ce qu’à chaque fois, dans chaque famille, vous êtes bien sûr que c’est le choix de cette jeune femme ? Il y a dans mon pays des familles qui ont fait ce choix, il y a en France des familles où il y a 7, 8, 9 enfants par femme, c’est leur choix, c’est très bien, je n’ai pas à en juger, je n’en parle d’ailleurs jamais. Et je n’ai pas à en juger pour une famille et une femme africaine, mais je veux être sûr que partout en Afrique, ce soit bien le choix de cette jeune fille ou de cette femme.

Je veux le choix pour une jeune fille de pouvoir, si elle le souhaite, continuer ses études, de continuer à se former, de trouver un emploi, de créer une entreprise, de pouvoir faire ce choix, elle et personne d’autre, je veux partout en Afrique qu’une jeune fille puisse avoir le choix de ne pas être mariée à 13 ans ou à 14 ans et commencer à faire des enfants, non pas parce qu’un président de la République l’aura voulu, parce que vous l’aurez voulu, parce que vous l’aurez voulu, mais nous devons avoir ce débat responsable, fort, celui de la liberté du choix, celui qui va avec la démocratie, celui qui va avec la route que vous avez choisie.

C’est une conviction profonde qui m’a poussé à faire de l’égalité femmes/hommes la grande cause de mon mandat, en France d’abord, où nous avons encore d’énormes progrès à accomplir pour assurer une égalité réelle dans notre société, et c’est une cause que je porte aussi dans mon action internationale, et que je partage avec vous, aujourd’hui, la démographie peut être une chance, mais donc, à condition que chaque jeune fille, chaque femme ait la possibilité de choisir son destin dans nos sociétés, quelles qu’elles soient.

Le défi démographique, c’est bien sûr aussi l’accès de tous à la santé, essentiel combat, dans ce domaine, la France est et restera le deuxième contributeur du Fonds mondial pour la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, je peux vous confirmer ces engagements. Et je tiens ici à rendre hommage à l’engagement du président CHIRAC qui a permis à la France de contribuer aux résultats spectaculaires dans la réduction de ces pandémies. Mais la santé, ce n’est pas seulement l’accès aux médicaments, c’est la mise en place d’un véritable système de santé, comme ont réussi à le faire des pays, comme le Rwanda, et là aussi, dans ce domaine, il faut changer de modèle, l’Afrique n’a pas besoin uniquement qu’on lui envoie des médecins ou des infirmiers étrangers, il le faut parfois, et nous continuerons à le faire, mais ces médecins existent, ils sont formés, et souvent bien formés en Afrique, je pense au Sénégal, je pense à la Tunisie.

    Ce dont l’Afrique a besoin, ce sont de financements pour ouvrir des structures de soins

Ce dont l’Afrique a besoin, ce sont de financements pour ouvrir des structures de soins où ces médecins pourront exercer avec les meilleures technologies, c’est de développer la télémédecine, les infrastructures indispensables, je demanderai pour cela aux fonds d’investissements privés français, aux assureurs français, de proposer aux pays africains de devenir les actionnaires privilégiés des champions africains de la Santé. Concrètement, je veux que des financements privés français servent demain à ouvrir des cliniques de qualité à Abidjan, Dakar, Ouagadougou. La France doit aussi avoir ce rôle.

Enfin sur la santé, nous nous trouverons aussi aux côtés de ceux qui combattent contre le trafic de faux médicaments, ce fléau parcourt toute l’Afrique, il touche non seulement les malades, mais bien souvent les plus pauvres, dans une injustice au carré, ce combat que la France a initié avec plusieurs autres à Cotonou, en 2009, je souhaite que nous puissions le poursuivre, l’accroître, pour éradiquer ce fléau.

Enfin, la menace qui peut amplifier toutes les autres et les rendre hors de portée, c’est le changement climatique, le changement climatique n’est pas une lubie pour pays développés, ça n’est pas une préoccupation dont certains simplement devraient s’attacher à passer leur quotidien, non, le changement climatique, c’est vital, c’est ce qui peut transformer, bousculer des régions entières, dans le Pacifique, ou en Afrique, l’Afrique, des rives du lac Tchad au bassin du Congo, est tout entière en première ligne des effets du changement climatique, elle peut aussi, mes amis, être à l’avant-garde des solutions, elle peut aussi réussir là où l’Europe n’a pas toujours su apporter les bonnes réponses.

La secrétaire d’Etat m’accompagne ici, et elle mène aux côtés du ministre d’Etat ce combat, c’est pour cela que j’ai souhaité que l’Afrique soit à nos côtés lors du sommet du 12 décembre prochain à Paris. Nous aurons des projets concrets, et en particulier des projets africains, face auxquels nous mettrons des financements concrets, publics et privés, pour permettre d’avoir des résultats rapides.

Je souhaite que la France par ses entreprises et ses opérateurs soit le partenaire privilégié de l’Afrique, dans le domaine de l’adaptation aux changements climatiques. Je pense en particulier aux énergies renouvelables, c’est le sens que je donnerai en inaugurant demain, avec le président KABORE, la centrale solaire de Zagtouli. Avec ce projet, j’ai la fierté de penser que la France et d’autres pays européens pourront ainsi contribuer aux côtés du gouvernement burkinabè à changer un peu la vie, à changer le quotidien des coupures d’électricité, à rendre l’énergie plus accessible, mais aussi plus propre.

    Je veux que l’Afrique soit un lieu de financement de ces innovations radicales dans la lutte contre le réchauffement climatique

La lutte contre le réchauffement climatique doit être le terrain de l’innovation, de l’entreprenariat, d’un défi commun où nous devons réussir ensemble, où les formations doivent se multiplier, où les investissements nouveaux doivent se multiplier, ça n’est pas simplement quelque chose que vous allez avoir à subir, comme la planète entière, non, c’est un défi dans lequel nous devons ensemble réussir.

C’est pour cela que je veux que l’Afrique soit un lieu d’innovations radicales, de financement de ces innovations radicales dans la lutte contre le réchauffement climatique, et que l’Afrique prenne toute sa part, non seulement le 12 décembre prochain à Paris, mais dans le cadre du pacte mondial pour l’environnement, que la France a lancé et qui doit être porté dans le cadre de l’ONU. Je pense aussi à la ville durable, 500 millions d’urbains en plus sur le continent en 2025, personne n’a jamais relever un tel défi. Ce sera votre défi, le nôtre. Cela peut être une chance et cela peut être une catastrophe.

Pour ma part, j’ai la conviction que c’est en Afrique qui est en train d’être inventée la ville durable de demain. C’est pourquoi je ferai de la ville durable l’enjeu du prochain sommet entre l’Afrique et la France, que j’ai accueillerai en France, en 2020. Ce sera pour moi l’opportunité, non seulement de réunir les chefs d’Etat et les gouvernements, mais d’élargir cette rencontre à d’autres acteurs, comme les maires des grandes agglomérations françaises et africaines, les entreprises, la société civile, pour que, là aussi, il en ressorte des partenariats concrets, qui nous permettront de réussir ce défi de la ville durable, qui nous permettront d’inventer avec innovation ce défi de la ville africaine du 21ème siècle, c’est indispensable.

Mesdames, Messieurs, chers amis, face à ces menaces, vous le voyez, il y a une réponse, celle d’une action résolue, lucide partagée, sur chacun des défis que je viens d’évoquer, en vous présentant avec franchise, l’importance de ce qui est à faire de part et d’autre, moi, je ne vous donne pas de leçon, je vous dis quelle sera ma part, je vous dis aussi avec beaucoup de franchise, quelle sera la vôtre, les habitudes qu’il faudra parfois rompre, les faux discours dans lesquels nous nous étions parfois enfermés.

Mais il y a aussi quelque chose d’inédit, un chemin que jamais jusqu’alors nous n’avons emprunté ensemble, celui d’une émancipation en partage, celui d’un risque pris, d’un risque qui était jusque-là caché, que j’évoquais tout à l’heure en creux, celui de la jeunesse, c’est cette part de risque qui nous permettra de créer, d’oser inventer l’avenir, et de faire ensemble deux révolutions fondamentales pour le continent africain, celui de la mobilité, cette révolution profonde, qu’il nous faut repenser, et la révolution de l’innovation.

La révolution de la mobilité, c’est celle qui nous permettra de repenser nos liens, mais aussi la circulation des femmes et des hommes en Afrique, et entre l’Afrique et l’Europe. La mobilité, c’est d’abord celle des étudiants, et je sais ici vos attentes. La France est bien souvent la première destination, je veux qu’elle soit la première destination, non pas par habitude, mais par choix, par désir, pas nécessairement pour l’ensemble des études, mais pour nourrir les échanges entre nos pays, pour cela, je veux que la France vous accueille mieux, cela veut dire offre des places et des formations dans les filières qui correspondent à vos besoins, cela veut dire aussi, offrir les conditions d’une véritable circulation dans la durée. Et j’en prends devant l’engagement aujourd’hui.

    Je souhaite que tous ceux qui sont diplômés en France puissent y revenir, quand ils le souhaitent et aussi souvent qu’ils le souhaitent

Je souhaite que tous ceux qui sont diplômés en France puissent y revenir, quand ils le souhaitent et aussi souvent qu’ils le souhaitent, grâce à des visas de circulation de plus longue durée, parce qu’étudier en France, c’est une relation privilégiée qui doit se prolonger et qui ne doit pas se soumettre à une date couperet. C’est l’ensemble de cette mobilité que nous devons repenser. Je vois trop souvent des jeunes Africains qui viennent étudier ou en fait demander un visa d’étudiant pour rester en France, ça n’est pas une bonne voie, ça n’est pas une bonne méthode, et la France, dans la durée, ne peut pas les accueillir.

Et là-dessus, je serai intraitable, parce que c’est un contournement, je vois des étudiants qui veulent accéder à des formations en France, pour cela, je leur dis : nous allons mieux adapter les filières pour répondre à vos besoins. Et puis, je vois deux aberrations, une fois qu’ils ont été formés, qu’ils ont étudié en France, que nous avons investi, soit, il y a une date couperet, et ils doivent revenir, alors même qu’ils voulaient poursuivre leurs études en France. Nous devons en finir avec cela et faciliter les carrières, la fluidité et leur permettre de rester plus souplement, même si des améliorations ont été faites ces dernières années.

Mais ils ont parfois peur de revenir dans leur pays, parce qu’ils se disent : si je reviens, je ne pourrai plus revenir en France. Je perds, en quelque sorte, cet avantage d’être déjà là, et ils ne font pas bénéficier leur pays, ils ne font pas bénéficier l’Afrique de ce qu’ils ont appris, et là aussi, c’est une erreur pour tout le monde. Ce visa de circulation de longue durée, c’est celui qui permettra ces allers retours choisis, organisés c’est celui qui permettra cette mobilité de liberté plutôt que cette mobilité de nécessité, et ces chemins terribles que j’évoquais tout à l’heure.

C’est pourquoi mon projet aussi est de contribuer à renforcer la présence de nos établissements ici, en lien et en partenariat avec vous. Renforcer vos établissements et vos cursus universitaires, c’est multiplier les partenariats, les échanges, les formations croisées, les doubles diplômes, qui répondront à vos attentes, et qui nous permettront mutuellement de mieux apprendre l’un de l’autre. J’ai demandé à mes deux ministres, de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur, de
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