Home A LA UNE đ“đąđžđ«đ§đš đŒđšđ§Ă©đ§Ă©đŠđ›đš 𝐬’𝐱𝐧đȘ𝐼𝐱ù𝐭𝐞 đ©đšđźđ« đ„đš đ†đźđąđ§Ă©đž : â€˜â€™đ„đš đ›đšđźđŹđŹđšđ„đž 𝐝𝐞 𝐌𝐚𝐩𝐚𝐝𝐱 𝐃𝐹𝐼𝐩𝐛𝐹𝐼đČ𝐚...

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Le cĂ©lĂšbre Ă©crivain guinĂ©en, plusieurs fois distinguĂ© par de prestigieux prix littĂ©raires dont un Renaudot, Tierno MonĂ©nembo s’inquiĂšte de la situation politique de son pays et appelle, dans un entretien avec Apa news, Ă  « une sĂ©rieuse hygiĂšne du passĂ© » en GuinĂ©e.

APA News : Il y a huit mois, le prĂ©sident Alpha CondĂ©, dont vous Ă©tiez un des critiques les plus virulents, Ă©tait dĂ©posĂ© par une partie de l’armĂ©e. La GuinĂ©e va-t-elle mieux aujourd’hui, alors que la junte tarde Ă  fixer un calendrier de transition?

Dire que cela va mieux serait un pieux mensonge. Sur le plan Ă©conomique, personne ne s’attendait Ă  une amĂ©lioration avant une dĂ©cennie ou deux. Les GuinĂ©ens sont habituĂ©s Ă  l’inflation chronique et au chĂŽmage galopant. Ce qui est nouveau, c’est que pour des raisons internes aussi bien qu’externes, on assiste Ă  une brusque accĂ©lĂ©ration de la montĂ©e des prix. Les denrĂ©es de premiĂšre nĂ©cessitĂ© sont devenues inabordables mĂȘme pour les bourses les mieux garnies. Les GuinĂ©ens vivent un ramadan particuliĂšrement pĂ©nible.

Le chapitre politique n’est pas plus rĂ©jouissant. A ce jour, le dĂ©lai de la Transition n’a toujours pas Ă©tĂ© fixĂ©. La liste des membres du CNRD (l’organe suprĂȘme de la junte) n’a toujours pas Ă©tĂ© publiĂ©e. Un gouvernement qui avance masquĂ© est un gouvernement qui a des choses Ă  cacher. Mais il n’y a pas que ça : le Lieutenant-Colonel Doumbouya a dĂ©cidĂ© tout seul sans mĂȘme informer son Premier Ministre, d’attribuer Ă  l’aĂ©roport de Conakry le nom du sanguinaire SĂ©kou TourĂ©. C’est un acte doublement condamnable. Sur le plan du droit, rien n’autorise le putschiste qu’il est Ă  baptiser ou Ă  dĂ©baptiser un lieu public, Ă  nouer ou Ă  rompre des relations diplomatiques etc.

Sur le plan de la morale, il s’impose d’abord de condamner les crimes du tyran avant de cĂ©lĂ©brer le SĂ©kou TourĂ© du 28 Septembre 1958. Les 50 000 ĂȘtres humains assassinĂ©s au Camp Boiro mĂ©ritent d’ĂȘtre rĂ©tablis dans leurs droits de victimes ne serait-ce que de maniĂšre symbolique. Rappelons qu’ils n’ont jamais eu droit Ă  un procĂšs. Ils ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s de nuit, ils ont Ă©mis des aveux sous la torture avant d’ĂȘtre mis Ă  mort par fusillade, par pendaison ou par diĂšte noire (privation totale de boisson et de nourriture jusqu’à ce que mort s’en suive). La dĂ©cence veut qu’on retrouve leurs fosses communes, qu’on Ă©rige des stĂšles en leur mĂ©moire, bref qu’on permette enfin Ă  leurs descendants de porter leur deuil. C’est une question de dĂ©cence. AprĂšs cela, tout le reste est possible. La GuinĂ©e n’ira pas loin sans une sĂ©rieuse hygiĂšne de son passĂ©. C’est maintenant qu’il faut crever l’abcĂšs des rancƓurs et des frustrations sinon demain, ce sera l’explosion.

 

Avec cet aĂ©roport SĂ©kou TourĂ©, notre Lieutenant-Colonel n’a pas posĂ© qu’un acte illĂ©gal, il a aussi posĂ© un acte clivant, dangereusement clivant.

Le Lieutenant-colonel Mamadi Doumbouya, le chef de la junte, avait promis lors de sa prise du pouvoir, que la justice serait sa « boussole ». Depuis, plusieurs dignitaires de l’ancien rĂ©gime ont Ă©tĂ© interpellĂ©s. Certains dĂ©noncent une chasse aux sorciĂšres. Êtes-vous de cet avis ?

Il y a loin de la parole aux actes surtout dans ce pays rĂ©putĂ© depuis SĂ©kou TourĂ© justement, comme Ă©tant celui du simulacre et de la dĂ©magogie. La chasse aux sorciĂšres est la marque de fabrique de la vie politique guinĂ©enne. Tous les GuinĂ©ens savent qu’Alpha CondĂ© et ses ministres ont volĂ© et tuĂ©. Ils mĂ©ritent tous d’ĂȘtre jugĂ©s mais pas comme ça.  Sans transparence et sans respect de la procĂ©dure, il n’y a pas de justice. A cet Ă©gard, la boussole de Mamadi Doumbouya a dĂ©jĂ  perdu le nord. Dommage parce qu’il n’y a qu’une seule denrĂ©e qui manque Ă  cette vĂ©ritable corne d’abondance qu’est la GuinĂ©e : la justice. Les GuinĂ©ens n’ont pas besoin de vengeance mais de justice. La justice, rien que la justice mais toute la justice.

La junte mĂšne, actuellement, une campagne de rĂ©cupĂ©ration des domaines et propriĂ©tĂ©s de l’État. Approuvez-vous cette opĂ©ration?

Non, je ne l’approuve pas. Dans le principe, l’Etat a le droit de rĂ©cupĂ©rer ses biens si jamais ils sont vraiment les siens. Mais c’est aux juges, aux greffiers, aux huissiers de faire le travail dans le strict respect des formalitĂ©s et non Ă  des hordes de bidasses armĂ©s jusqu’aux dents. On a l’impression que Mamadi Doumbouya, comme ses  prĂ©dĂ©cesseurs utilise les moyens de l’Etat pour rĂ©gler des comptes personnels. Et puis, la voilĂ , la seule question qui vaille : quel est le rĂŽle d’un gouvernement de transition ? Poser les questions de fond (qui reviennent de fait Ă  un gouvernement constitutionnel) ou organiser les Ă©lections en expĂ©diant les affaires courantes ?

 

Les « Assises Nationales, la rĂ©cupĂ©ration des biens de l’Etat, la Cour de la RĂ©pression des Infractions Economiques et FinanciĂšre (CRIEF) tout cela n’est que de la poudre aux yeux, de simples moyens de diversion. Mamadi Doumbouya veut tromper le peuple pour rester le plus longtemps au pouvoir.

Lors de sa derniÚre rencontre avec les dirigeants des compagnies miniÚres, Le lieutenant-colonel Mamadi Doumbouya leur a demandé de construire des raffineries pour traiter la bauxite sur place. Cette exigence est-elle réaliste ?

Evidemment qu’elle n’est pas rĂ©aliste et Mamadi Doumbouya le sait plus que tout le monde. C’est juste pour l’opinion. Je le disais plus haut, l’Etat guinĂ©en a l’art de manier le discours. Tout est slogan, envolĂ©e lyrique et incantation. C’est la culture hĂ©ritĂ©e du systĂšme du parti unique, celui du PDG, le Parti DĂ©mocratique de GuinĂ©e de SĂ©kou TourĂ© : si c’est dit, c’est que c’est fait.

La transformation de la bauxite est l’un des procĂ©dĂ©s industriels les plus coĂ»teux. Elle absorbe Ă©normĂ©ment d’énergie et beaucoup de capitaux. Et puis, c’est un secteur dominĂ© par de puissantes multinationales qui rechignent aux ordres des gouvernements les plus puissants de la planĂšte Ă  plus forte raison celui d’un petit pays comme la GuinĂ©e. Un pays qui ne peut mĂȘme pas satisfaire ses besoins en Ă©lectricitĂ© domestique ne peut pas penser produire de l’alumine ou de l’aluminium. C’est du pipeau tout cela, c’est juste pour amuser la galerie.