
Ce qui devait être une célébration musicale s’est transformé en crise culturelle. À moins d’un mois du concert très attendu d’Azaya au Théâtre Rialto de Montréal, une vague d’indignation secoue le Festival International Festiraam. En cause : les graves accusations de《 violence conjugale portées à l’encontre de Djélika Bintou par l’artiste guinéen》 , relayées massivement sur les réseaux sociaux.
Face à l’ampleur de la polémique et à l’émoi qu’elle suscite, notamment au sein du public féminin, majoritaire dans les spectateurs visés, les organisateurs ont pris la décision de reporter la prestation d’Azaya initialement prévue le samedi 3 mai 2025. Cette mesure, prise en concertation avec Keyzit Productions et l’artiste lui-même, se veut respectueuse de la présomption d’innocence tout en reconnaissant l’impact émotionnel d’une telle affaire.
Dans un communiqué officiel diffusé ce vendredi, Mohamed Mase Diallo, administrateur de Tidiane World Music Canada et coordonnateur du Festiraam, a annoncé une réorganisation complète de la programmation. Ainsi, le concert de Sekouba Bambino et de la malienne Fatim Diabaté, initialement prévu le 19 avril, est déplacé au 3 mai 2025. Les billets achetés pour l’une ou l’autre des deux dates restent valables.
« Il ne nous est pas possible de maintenir la prestation d’Azaya dans un climat de quiétude, tant les réactions sont vives et les blessures à vif », a déclaré Mase Diallo, tout en exprimant son espoir de voir la situation se clarifier à l’avenir pour « sauvegarder deux grandes carrières de notre culture guinéenne ».
Le report du concert d’Azaya n’est pas une annulation définitive. Une nouvelle date sera proposée une fois la tempête passée. Les détenteurs de billets pour sa prestation auront non seulement accès au concert du 3 mai, mais bénéficieront d’un accès gratuit au futur concert d’Azaya au Canada.
Les organisateurs n’ont pas éludé l’éventualité de remboursements pour ceux qui refuseraient d’assister au concert de remplacement. Un calendrier spécifique à cet effet sera communiqué.
Le Festival, tout en réaffirmant ses valeurs de paix, de respect et de solidarité, appelle à l’apaisement et à la retenue. « Nous implorons Dieu de ramener l’humilité et les valeurs traditionnelles dans cette crise familiale. Que chacun, homme ou femme, tourne le dos à toute forme de violence, physique ou verbale. »
La situation d’Azaya, longtemps perçu comme l’une des figures les plus emblématiques de la musique guinéenne moderne, met en lumière la délicate question de la violence conjugale et de la responsabilité des artistes dans la société. Elle pose aussi l’importante question : peut-on encore séparer l’homme de l’artiste ?
Par Aboubacar SAKHO, Juriste-journaliste