
Kaback, Guinée — Face à une déforestation galopante qui menace les écosystèmes et les moyens de subsistance des populations rurales, les communautés locales guinéennes s’organisent pour restaurer les forêts naturelles. À l’initiative du RENASCEDD, une ONG basée à Conakry, et avec le soutien financier de Reforest’Action, un vaste programme de reboisement est en cours dans plusieurs régions du pays.
Une urgence écologique vieille de 40 ans
Depuis quatre décennies, la Guinée subit une perte alarmante de son couvert forestier. En Guinée Maritime, les forêts denses ont presque disparu, ne subsistant que dans quelques zones protégées comme celle de Forécariah. Les mangroves, essentielles à la stabilité des littoraux, sont elles aussi en péril.
Les causes sont multiples :
L’agriculture sur brûlis, encore largement pratiquée
• Les plantations industrielles de cacao, huile de palme et hévéa
• L’extraction artisanale de sel et le fumage de poisson
• L’exploitation minière, notamment de la bauxite
• Une démographie en forte croissance, doublée en 40 ans
Déforestation et climat : un cocktail destructeur
Dans ce climat tropical humide, la disparition des arbres entraîne un appauvrissement des sols, une érosion accrue et une perte de biodiversité. Les forêts, sources de nourriture, de remèdes et de bois, sont vitales pour les communautés rurales. Le recul des mangroves provoque l’acidification des sols et l’élévation du niveau de la mer, menaçant les zones côtières.
Le réchauffement climatique, aggravé par la déforestation, perturbe les saisons agricoles, réduit les rendements et assèche les cours d’eau. Ces effets sont ressentis quotidiennement par les agriculteurs guinéens.
Kaback : une île en résistance
À Kaback, île située à 70 km de Conakry, la situation est critique. Les forêts continentales et les mangroves y sont surexploitées, exposant le village à la montée des eaux. Depuis 2020, le RENASCEDD y mène des campagnes de reboisement, avec l’appui des autorités locales et de Reforest’Action.
Après avoir restauré la mangrove et interdit sa coupe, l’ONG s’attaque désormais aux forêts terrestres. L’objectif : enrayer l’érosion, revitaliser les sols et sensibiliser les habitants à la préservation de leur environnement.
Une campagne ambitieuse pour 2021
Sous l’impulsion de Lansana Youla, sous-préfet de Kaback, la campagne 2021 prévoit la plantation de 150 000 arbres dans les régions de Kindia, Boffa, Forécariah, Mamou et Faranah. Les pépinières produisent actuellement une diversité d’essences :
• Arbres fruitiers : orangers, mandariniers, avocatiers, anacardiers, moringas, nérés, citronniers, corossoliers
• Arbres à croissance rapide : gmélina, teck
Ces plantations visent à restaurer les écosystèmes forestiers tout en fournissant aux populations des ressources durables. L’agroforesterie est encouragée comme alternative aux pratiques agricoles destructrices.
Ahmadou Oury Camara








