Home A LA UNE Comment perdre un pouvoir qu’on croyait inamovible ! (Par Abdoulaye Sankara)

Comment perdre un pouvoir qu’on croyait inamovible ! (Par Abdoulaye Sankara)

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Comment perdre un pouvoir qu’on croyait inamovible !

Gagner une élection, c’est souvent comme voler un fruit mûr : il suffit de tendre la main au bon moment. Mais le garder, ce pouvoir si ardemment désiré, c’est une autre histoire. Là, il ne s’agit plus de slogans creux ni de cortèges bruyants, mais de savoir éviter la noyade dans l’océan des promesses oubliées.

Certains arrivent au sommet avec des « champions » des urnes trafiquées, persuadés que leur couronne est soudée à leur tête. Erreur fatale. Le véritable test commence une fois la fête finie, quand il faut produire autre chose que des discours bien huilés.

Un dirigeant qui se croit omniscient ne tarde pas à apprendre à ses dépens que l’arrogance est un poison lent. Le plus malin reconnaît vite qu’il n’a pas toutes les cartes en main. Ce constat, loin de l’affaiblir, lui évite deux écueils mortels : s’entourer de statues décoratives et nommer des amis incapables sous prétexte de loyauté.

Le gouvernement n’est pas un refuge pour camarades en mal de promotion. Si l’on veut vraiment distribuer les récompenses, il y a toujours quelques postes dorés et inutiles où l’on peut recaser les « frères » de lutte sans saborder l’appareil d’État.

Mais voilà : trop de dirigeants confondent gratitude et gouvernance. Ils se persuadent qu’un pays se dirige comme une réunion de famille. Et quand la machine se grippe, ils blâment le peuple, l’opposition, la météo… tout sauf leur incapacité à faire passer la compétence avant le copinage.

Les autocraties, elles, ne pardonnent pas. Quand le sommet devient un cercle fermé où chacun protège sa chaise plutôt que l’intérêt collectif, la chute n’est plus qu’une question de calendrier.

On peut conquérir un trône par le putsch, la ruse, l’argent ou les tambours de la foule. Mais le perdre, c’est encore plus facile : il suffit d’écouter ses amis plutôt que son peuple.

Abdoulaye Sankara, journaliste