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Décès de Malal Kourah : un grand philantrope s’en est allé (Par Amadou Diouldé Diallo)

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Décès de Malal Kourah : un grand philantrope s’en est allé (Par Amadou Diouldé Diallo)

Une Année, un Mois, Jour de Match au Stade du 28 Septembre de Conakry. Il était 15h lorsque, je passai déposer à la Direction Générale des Impôts située à l’époque près du marché Niger, une carte VIP d’accès que je m’étais procurée à la Féguifoot, à mon ami et frère Malal kourah Baldé afin qu’il puisse assister, à un important match du Syli National de Guinée. Pressé de rallier le Stade pour assurer la retransmission, je ne mis pas cinq minutes dans son bureau ; mais ce temps, a largement suffit pour qu’il me tende une grosse enveloppe. Je l’empochai rapidement et me voilà au stade du 28 Septembre qui refoulait déjà du monde. J’eus toutes les peines, à y entrer, et c’est dans la bousculade, qu’un bon sanakou, me piqua l’argent que Malal Kourah Baldé venait de me donner. C’est dans les vestiaires alors que je prenais la composition des deux équipes, que je m’en suis rendu compte. Mon visage se crispa, mais il fallait bien entendu, faire le travail pour lequel j’étais sur les lieux. Et en rejoignant la cabine de reportage, je passai devant Malal Kourah Baldé assis à la loge officielle ; il me taquina comme à son habitude, sans que je ne lui rende la pareille avant de lui avouer ma mésaventure. Alors il me dit : « Va faire ton reportage et surtout, le meilleur du possible. Je vais te rembourser le double à la fin du match ». Ainsi dit, ainsi fait. Motivé par sa promesse, je crois avoir été, au-dessus de mon rendement habituel.

Et depuis, Malal Kourah Baldé à toutes nos rencontres, m’imitait poing fermé comme micro, en disant : « Titi Camara donne la balle à Salam Sow pour Mohamed Sylla Socratès qui redonne à Titi Camara qui tire et qui marque le but ». Une belle façon de se moquer de son sanakou Diallo.

Le rappel de ce geste, des milliers de Guinéens des quatre coins du pays, peuvent le faire chacun dans son contexte tant Malal Kourah Baldé, ne s’interrogeait pas, sur ses propres limites quand il s’agissait de tendre la main et de donner à tous, tout ce qu’il avait. Sa générosité n’avait d’égale, que celle du Roi de Labé Alpha Yaya Diallo, dont le geste sublime au griot des Chefs du pays Kouranko, Moussa Korofo Kouyaté, lui a valu, le geste de l’air composé « Alpha Yaya Mansalou bemankan, tonolé kaniadyibo » de l’Hymne National de la République de Guinée « Liberté ».

Malal Kourah Baldé, ne s’était jamais converti au culte de l’argent pour être, cette machine de rejet des autres, en étant prisonnier de ses propres amertumes de gentiane pour avoir partagé, tout ce qui passait entre ses mains avec le sourire, l’humilité et la certitude, de penser aux autres avant soi-même. A commencer, par Kourah le village qu’il a vu naitre et qu’il a doté, de toutes les infrastructures sociales de base, (mosquée, dispensaire, forage, maisons en dur pour tous, clôture, pistes rurales, pèlerinage aux Lieux Saints), que sais-je encore.

Dans ce Koin des Koulounnankés Balla et Sempi, des Demboubhés, des Boubouyankés, des Nbalbhés, des Timbobhés, des Férobhés, des Diakankés, des Malinkés et des Sénégalais, la générosité, la solidarité, la bravoure et la ténacité, sont des valeurs sacrées d’un héritage transmis et porté, de génération en génération. Car, il est dit dans cet espace vital du Fouta, que « si le serpent refuse de se montrer dangereux, les enfants, utiliseront son corps pour attacher leurs fagots ». Autrement dit on ne rappelle pas le Koin, la leçon du partage, de l’esprit conquérant, du don de soi par le sabre et l’encrier. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner, de l’humanisme de Malal Kourah Baldé qui a su trouver, du réconfort même face aux dures épreuves de la prison et de la maladie, celle qui a eu raison de lui. La mort c’est le verdict de l’Histoire rendu à voix basse de la verticalité, à l’horizontalité éternelle.

A noter que la levée du corps est prévue dans la matinée du jeudi 6 novembre et l’enterrement le lendemain vendredi dans son village à Kourah, sous-préfecture de Konah, Préfecture de Tougué après la prière de 14h.

Paix à son Ame. Amen.

Amadou Diouldé Diallo

Journaliste- Historien