
SIMANDOU : CE QUE LE RAPPORT DE LA BANQUE MONDIALE DIT VRAIMENT
[Projet de Gestion des Ressources Naturelles Minières et de l’Environnement (PGRNME)
Diagnostic de la collecte des recettes fiscales, douanières et autres revenus de l’Etat associés au projet Simandou]
(À lire absolument avant de parler du « jackpot » guinéen)
Le rapport remis par la Banque mondiale au gouvernement guinéen en août 2025 est formel :
Simandou peut changer la Guinée… comme il peut tourner au désastre fiscal si l’État ne se renforce pas immédiatement.
Voici ce qu’il faut vraiment retenir
✅️ 1. Un projet colossal
– Plus de 3 milliards de tonnes de minerai de fer de très haute qualité (65 % +) ;
– Deux exploitants : WCS (blocs 1&2) et Simfer/Rio Tinto (blocs 3&4) ;
– Un immense chantier : 600 km de chemin de fer + un port en eau profonde ;
– Investissement total : 20 milliards de dollars.
Jamais la Guinée n’a porté un projet aussi massif.
✅️2. Combien la Guinée peut gagner ?
Dans le scénario central du rapport :
👉🏿1,5 milliard USD de recettes par an
👉🏿52 milliards USD sur 25 ans
👉🏿C’est +50 % par rapport aux recettes totales de l’État en 2023.
👉🏿En comparaison : la dette publique tourne autour de 40 milliards USD.
C’est énorme.
Mais ce n’est pas garanti.
✅️ 3. 97 % des recettes viennent de 6 postes seulement
Tout dépend de :
1. L’impôt sur les bénéfices (exonération de 8 et 10 ans…)
2. Les dividendes de l’État (15 % de participation gratuite)
3. Les taxes sur les salaires
4. Les taxes minières
5. Les redevances ferroviaires et portuaires
6. Les taxes à l’importation + retenues à la source
Si l’État rate un seul de ces piliers, c’est toute la rente qui s’effondre.
✅️ 4. Le plus grand danger : les prix de transfert
Le rapport insiste :
60 % des recettes sont menacées par les manipulations comptables des multinationales.
Risques :
– Surfacturation des services internes
– Sous-évaluation du minerai vendu
– Délocalisation des profits
– Jeux sur les prêts entre filiales
Et le constat est terrible :
« L’administration guinéenne reste peu outillée pour faire face à cette problématique. »
✅️5. L’État n’est pas prêt
Le rapport parle d’une administration :
👉🏿 « cohérente mais sous-dimensionnée »
👉🏿 sans spécialistes en prix de transfert
👉🏿 sans fiscalistes miniers
👉🏿 sans experts en commercialisation du minerai
👉🏿 sans moyens suffisants pour contrôler qualité, quantités et importations
👉🏿 et, surtout, sans accès aux conventions minières renégociées en 2023 (toujours non publiées).
Résultat :
Même les Douanes et la DGI ne savent pas précisément quel régime fiscal appliquer.
✅️ 6. Ce que la Banque mondiale recommande (urgemment)
1️⃣Créer un service spécialisé Simandou à la DGI (experts en prix de transfert et fiscalité internationale)
2️⃣Renforcer profondément la SOGUIPAMI
(analyse du marché, préemption, modélisation financière)
3️⃣Contrôler rigoureusement quantité et qualité du minerai (laboratoires privés, recoupements, contre-analyses)
4️⃣Digitaliser et automatiser les Douanes et la fiscalité (réduire les manipulations humaines)
6️⃣Publier toutes les conventions minières renégociées (transparence ITIE obligatoire)
7️⃣Créer une unité de coordination interinstitutionnelle Simandou
✅️Conclusion
Simandou peut apporter 52 milliards de dollars à la Guinée.
Mais il peut aussi devenir un gouffre fiscal si l’État ne se réforme pas tout de suite.
Le rapport est clair :
👉🏿 La Guinée a une opportunité historique.
👉🏿 Mais elle doit se doter d’un État capable de contrôler un projet de cette taille.
Sinon, Simandou deviendra ce que tant de projets miniers ont été avant lui :
une richesse exportée, une rente diluée, et une immense déception nationale.
NB : un article complet va être publié ces prochains jours…








