
Conakry, 21 novembre 2025 – Le Conseil National de la Transition (CNT) a adopté une loi organique de 53 articles encadrant désormais la création, le fonctionnement et le financement des partis politiques en Guinée. Présentée comme une réforme destinée à assainir le paysage politique, cette législation impose des conditions inédites qui provoquent déjà de vives réactions.
Des règles plus strictes pour exister
Le texte, réparti en huit chapitres, fixe les droits et obligations des formations politiques, mais aussi les sanctions en cas de manquement. Parmi les principales innovations :
– un encadrement renforcé du financement,
-une régulation accrue des mouvements politiques,
– un durcissement des critères de création et d’implantation des partis.
Plus de 500 membres fondateurs requis
La disposition la plus contestée concerne la création des partis. Désormais, il faudra :
11 membres fondateurs dans chacune des 33 préfectures et des 13 communes de Conakry,
une présence obligatoire dans les 46 circonscriptions administratives,
un quota de 30 % de femmes parmi les fondateurs.
En pratique, plus de 500 personnes devront être mobilisées pour lancer une formation politique.
Fadia Baldé dénonce un “blocage total”
Mamadou Fadia Baldé, conseiller au CNT et représentant de l’UFDG, a vivement critiqué ces exigences qu’il juge “aberrantes” :
« Aucune organisation au monde n’impose autant de membres fondateurs. Cela bloque complètement la création de partis politiques dans ce pays », a-t-il déclaré.
Selon lui, ces règles violent l’esprit des textes sur les associations, qui peuvent être créées par une ou deux personnes seulement. Il estime que cette loi risque d’étouffer l’émergence de nouvelles forces politiques.
Les petites formations menacées
Outre le nombre de fondateurs, d’autres obligations inquiètent :
présence nationale obligatoire,
siège officiel dont le coût peut atteindre 8 millions GNF par mois,
pression administrative accrue.
« Beaucoup de partis mourront d’eux-mêmes dans six mois », prévient Baldé, qui souligne que les grandes formations comme l’UFDG, le RPG ou l’UFR ne seront pas affectées.
Un avenir politique incertain
Pour ses détracteurs, cette réforme ne réglera pas le “foisonnement” de partis politiques mais risque plutôt de créer un blocage démocratique. Baldé avertit :
« Ceux qui se disent société civile aujourd’hui seront les politiciens de demain. Et cette loi se retournera contre eux. »
Il appelle à une révision du texte, qu’il considère contraire à l’esprit démocratique et révélateur d’une méconnaissance du fonctionnement réel des partis politiques en Guinée.








