
Tibou avoue ce que Monénembo l’avait dit avant le changement constitutionnel “je veux que tu démissionnes (..) ne t’embarque pas dans cette galère”
Monénembo écrivain Guinéen de renom et icône de la littérature africaine francophone, avait souhaité me rencontrer au moment où le projet d’une nouvelle constitution suscitait toutes les passions. (…) Il avait proposé l’hôtel Camayenne pour notre rendez-vous. Il était venu comme convenu, j’y étais aussi. Égal à lui-même, sans détours ni langue de bois, il avait exposé le sujet :
« J’ai insisté pour te voir parce que je veux que tu démissionnes ! Pour toute l’amitié que je t’éprouve et l’avenir que je te souhaite, ne t’embarque pas dans cette galère. Un troisième mandat pour Alpha Condé est une entreprise suicidaire à laquelle je ne veux pas que tu sois associé. C’est maintenant qu’il faut partir, pendant qu’il est encore temps. » J’avoue que j’étais heureux de revoir cet écrivain que je n’avais pas vu depuis longtemps, même si je ne l’avais pas oublié. Je lisais aussi ses tribunes passionnées dans les médias, mêlant admiration pour son talent et dépit devant les polémiques qu’elles suscitaient. Il se voulait un homme libre, de grande conscience, dans un pays où tout est vu sous des regards figés. Je le remerciai pour la fraternité réitérée et son conseil d’aîné. Je promis de réfléchir à sa proposition, qui avait du sens. Avant de partir, il insista que c’était la bonne décision pour moi.
Pourtant, je lui fis comprendre qu’il était important d’aller au bout de son engagement, que certains choix nécessitent des risques et des sacrifices. Il avait sa conviction, j’avais fait mon choix. Nous ne nous sommes plus revus.
Après le départ forcé d’Alpha Condé, il pourrait me dire qu’il avait raison, et je serais fier de lui répondre que j’ai honoré la parole donnée et fait preuve de loyauté. J’ai pu ainsi démentir les préjugés et procès d’intention dont j’ai été victime durant son règne, car il a cru en moi et m’a fait confiance jusqu’à preuve du contraire. Le reste appartiendra à l’histoire » (pp.168-169)







