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De Sékou Touré à Doumbouya : le défi des Républiques Guinéennes (Par Tidiane Soumah)

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De Sékou Touré à Doumbouya : le défi des Républiques Guinéennes

Ayant décidé de quitter l’espace des échanges d’idées par les réseaux sociaux sur la vie politique en Guinée, je partage ici mon dernier post avant mon départ temporaire des sujets politiques prévu lundi 9 février 2026 à 00h de Montréal.

Il s’agit d’un classement personnel des cinq Républiques et des cinq Présidents de notre pays, organisé selon quatre domaines précis : mœurs, société organisée, unité du peuple et développement économique.

Ce classement reflète mon observation de l’histoire politique guinéenne, mes souvenirs et ma réflexion personnelle, tout en laissant la liberté à chacun d’interpréter les aspects non abordés.

Dans le domaine des mœurs, de la vie sociale et de l’unité des citoyens, sans considérations éthiques et avec un pays relativement sûr, le premier nom qui s’impose est celui d’Ahmed Sékou Touré, à la tête de la Première République.

Pendant vingt-six ans, la Guinée a connu une gratuité de l’éducation et de la santé qui a marqué les esprits et consolidé le sentiment d’unité nationale.

La culture guinéenne brillait sur la scène internationale et les jeunes de Conakry se retrouvaient lors des célèbres soirées Chocs sans se soucier des ethnies, ce qui reste un souvenir vivant pour beaucoup.

Bien sûr, ce régime avait ses critiques : dictature, parti unique omniprésent, pauvreté extrême et tragédie du Camp Boiro.

Mais sur le plan de la cohésion sociale et de l’image morale du pays, c’est le meilleur exemple à mes yeux.

En matière économique, le régime de Lansana Conté, à la tête de la Deuxième République, se distingue par ses choix pour un développement libéral.

Le commerce s’est développé, plusieurs écoles publiques et privées ont vu le jour, et l’investissement privé était encouragé.

Les entreprises comme Entag ont sponsorisé les activités culturelles, donnant un souffle nouveau au dynamisme social et culturel de Conakry et au-delà.

Toutefois, l’économie n’était pas exempte de critiques : assassinats politiques sans procès équitable, corruption, détournement des ressources et la naissance de réseaux de narcotrafic et de blanchiment.

La justice n’a jamais permis de tirer les leçons de l’expérience de vingt-six ans du premier régime, et les camps comme Boiro restent des zones d’ombre de cette période.

Le troisième domaine, celui de la mobilisation financière et de la récupération des ressources nationales, est dominé par le professeur Alpha Condé.

Ce président a établi un record historique dans la mobilisation de fonds pour le pays, la restauration de la fonction publique et la maîtrise des grandes ressources naturelles, dont le projet de Simandou.

L’armée guinéenne a été refondée, et de grandes réformes administratives ont été initiées.

Cependant, ces onze années de pouvoir ont souffert d’une politisation excessive, de manifestations constantes de syndicats et d’un manque de concrétisation effective de nombreux projets, malgré les ressources financières abondantes.

Mes souvenirs personnels de décembre 2010, logé au Novotel et témoin des décisions cruciales, montrent combien la présence de Tibou Kamara auprès de Sékouba Konaté a changé le cours des événements et permis à Alpha Condé de se qualifier au second tour.

Ces instants ont marqué profondément la vie politique guinéenne et révèlent la complexité des décisions prises à ce moment clé.

En termes de construction d’infrastructures et de création d’un sentiment patriotique autour du développement, le régime actuel de Mamadi Doumbouya, à la tête de la Cinquième République, est inédit dans l’histoire du pays.

Les chantiers ont été lancés sur tout le territoire national, essentiellement avec les ressources internes de la Guinée, et ont changé la mentalité des citoyens qui ne peuvent plus accepter l’inconfort matériel.

L’équipement des forces de défense face aux menaces terroristes, le soutien à la culture guinéenne et la valorisation du textile local sont autant de réalisations qui renforcent le sentiment national.

Bien sûr, ce régime fait face à des critiques concernant les kidnappings, les arrestations hors mandat, la censure et la justice à revoir.

Néanmoins, le Méga Projet de Simandou, après trente ans de stagnation, est désormais en marche et promet un avenir tangible.

Ainsi, chacun des présidents de la Guinée, qu’il s’agisse de Sékou Touré, Lansana Conté, Alpha Condé ou Mamadi Doumbouya, laisse une empreinte particulière selon le domaine examiné.

Mon classement personnel reflète les valeurs que je juge essentielles pour notre pays : l’intégrité des mœurs, le développement économique, la mobilisation des ressources et l’infrastructure publique.

Quant aux autres aspects de la vie politique, sociale ou culturelle, chacun est libre de son interprétation.

Nous sommes tous citoyens guinéens et, après ce dernier post, je me retire temporairement de la discussion politique.

Le terrain reste trop mince et compliqué pour être compris par tous.

Je continuerai toutefois à lire vos idées et analyses avec attention.

Mon souhait est que nous puissions débattre dans le respect mutuel, sans injures, et que Dieu nous fasse aimer et respecter nos opinions divergentes.

Que Dieu bénisse la Guinée et chacun de ses citoyens.

Tidiane Soumah
Sociologue, Président Fondateur
des productions Tidiane World Music

Légende photo :
Ahmed Sékou Touré (1958/1984)
Lansana Conté ( 1984/2008)
Alpha Condé ( 2010/2021)
Mamadi Doumbouya
(2021/2026)