
Médias africains : le contre-pouvoir en danger face à la montée du journalisme de communication ( Dieudonné Sewonou, journaliste in lecontinental)
Dans une tribune libre, le journaliste d’investigation Dieudonné Sewonou dénonce le recul du journalisme d’analyse et d’investigation dans une partie des médias africains. Entre précarité, pressions politiques et renoncements éthiques, il appelle à une reconquête du rôle de contre-pouvoir de la presse.
La presse africaine est-elle en train de perdre son rôle de contre-pouvoir ? C’est l’alerte lancée par le journaliste d’investigation et consultant médias Dieudonné Sewonou. Dans une tribune libre, il déplore l’effacement progressif du journalisme d’analyse et d’investigation au profit d’une couverture de l’actualité souvent limitée à la reprise de communiqués officiels et de discours institutionnels.
Selon lui, une partie des médias se contente désormais de relayer la communication des pouvoirs publics, au détriment de l’enquête de terrain, de l’analyse critique et de la recherche de la vérité. Les difficultés de la gestion publique, les crises sociales et les défaillances institutionnelles seraient ainsi insuffisamment examinées, parfois au profit de discours visant à justifier les décisions des autorités.
Pour Dieudonné Sewonou, cette évolution s’explique notamment par la fragilité économique de nombreuses rédactions. L’absence de salaires décents et de protection sociale fragilise l’indépendance des journalistes et les expose davantage aux influences extérieures.
À ces difficultés s’ajoutent les pressions politiques et économiques, les menaces et les chantages liés aux recettes publicitaires. Ces contraintes favoriseraient l’autocensure et réduiraient la capacité des médias à traiter librement les sujets sensibles.
Le journaliste pointe également la responsabilité de certains professionnels qui, selon lui, privilégient des intérêts particuliers ou des engagements militants au détriment de l’éthique et de la neutralité journalistiques.
Au-delà de la profession, Dieudonné Sewonou estime que l’affaiblissement du journalisme critique représente un risque pour la démocratie. Lorsque les médias renoncent à interroger les décisions publiques, les citoyens disposent de moins d’informations pour comprendre les réalités sociales et demander des comptes aux dirigeants.
La gestion des finances publiques, les difficultés des hôpitaux, les conditions de vie dans les zones rurales et le fonctionnement des institutions sont autant de sujets qui nécessitent, selon lui, un travail journalistique rigoureux et indépendant.
Une presse qui se limite à relayer la parole des puissants risque ainsi de délaisser les préoccupations des populations, notamment celles dont les voix sont rarement entendues dans le débat public.
Sans condamner l’ensemble de la profession, le journaliste reconnaît que des professionnels continuent de défendre un journalisme exigeant, malgré les difficultés. Il plaide toutefois pour des mesures concrètes afin de redonner à la presse sa capacité d’analyse et d’investigation.
Il appelle notamment à la mise en place de modèles économiques viables pour les médias, au renforcement de la formation professionnelle et au respect plus strict des règles d’éthique et de déontologie.
Pour Dieudonné Sewonou, l’enjeu est clair : le journalisme ne doit pas se confondre avec la communication. Là où cette dernière cherche à construire une image, le premier doit éclairer les citoyens, questionner les pouvoirs et contribuer à la compréhension des réalités.
Son appel invite ainsi les médias africains à renouer avec leur mission fondamentale : informer avec rigueur, exercer leur esprit critique et donner une voix à ceux qui peinent à se faire entendre.
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