Home Actualités De Conakry à Montréal : le parcours semé d’embûches d’un journaliste guinéen...

De Conakry à Montréal : le parcours semé d’embûches d’un journaliste guinéen traqué pour ses enquêtes

0
SHARE

Mamadou Samba Baldé, jeune journaliste guinéen diplômé en communication, a fui la répression après avoir enquêté sur des morts suspectes lors de manifestations à Conakry. Menacé de mort par les forces de sécurité, il demande désormais protection au Canada, où il espère exercer librement son métier.

 

Mamadou Samba Baldé n’a pas choisi le journalisme par hasard. Diplômé en communication de l’Université Générale Lansana Conté de Sonfonia à Conakry, il a découvert sa vocation dès ses années d’études. « Ce métier n’est pas seulement une profession, mais un engagement profond au service de la vérité, de la justice et des droits humains », confie-t-il dans un témoignage exclusif à Focus Guinée Info.

 

Dès sa deuxième année de licence, Baldé intègre la rédaction d’Espace Radio pour un stage prolongé. Rapide ascension : il devient journaliste reporter, spécialisé en politique et faits de société. Sur le terrain, il couvre l’actualité brûlante dans des zones sensibles comme l’Axe Hamdallaye–Kagbelen, surnommé « l’Axe Le Prince ». Là, les manifestations de jeunes contre la vie chère, l’injustice sociale et les abus du régime se multiplient, souvent réprimées dans le sang.

 

Une enquête qui dérange : la mort de Mamadou Yaya Bah

Le 27 novembre 2023 marque un tournant. À la Cimenterie, une manifestation est violemment dispersée. Baldé lance une enquête indépendante sur la mort de Mamadou Yaya Bah, un adolescent abattu par balle. « J’ai rencontré des familles en deuil, recueilli des témoignages de voisins et pris des photos pour identifier le responsable », raconte-t-il. Son travail vise à dénoncer ces « scènes choquantes » : jeunes tués, arrestations arbitraires, familles brisées – y compris des innocents pris dans des descentes de quartier.

 

Tentant de diffuser ses findings sur les réseaux sociaux et via Espace Radio, Baldé attire l’attention indésirable de la CMIS d’Enco 5, une unité d’intervention policière. Les menaces fusent : appels anonymes l’accusant de « chercher des problèmes », rumeurs dans les réunions de sécurité le taxant d’encourager « la rébellion ». Un ami, David Loua, employé au commissariat, le met en garde : « Laisse tomber pour ta sécurité. »

 

Bientôt, la traque s’intensifie. Suivi à sa sortie du travail, abordé dans la rue par un inconnu – « Continue à fouiller et tu vas finir comme les autres » –, Baldé reçoit des appels l’enjoignant de ne rien publier. Dans ce climat, les médias indépendants ferment : licences retirées, locaux scellés, journalistes arrêtés ou exilés. « Toute dénonciation est vue comme une trahison », dénonce Baldé.

 

Exil forcé et deuil : une vie bouleversée

 

Le 17 juillet 2024, Baldé quitte la Guinée pour le Canada. À son arrivée, il se sent enfin en sécurité et envisage de poursuivre ses études en communication, soutenues par son père. Mais le destin frappe : quelques mois plus tard, son père décède, brisant ses projets et son soutien moral. « Il était mon repère familial et ma protection face aux menaces », confie le journaliste, désormais isolé.

 

Aujourd’hui à Montréal, Baldé ne peut envisager un retour. Perçu comme un « journaliste gênant » pour ses révélations sur les exactions des forces de l’ordre, il craint arrestation, agression ou pire. Sans famille ni garanties judiciaires en Guinée, il demande protection au Canada : non seulement pour étudier, mais pour « vivre librement et exercer mon métier dans un pays de droit ».

 

Contexte : la presse guinéenne sous pression

La Guinée connaît une répression accrue contre les voix critiques. Selon des rapports d’organisations comme Reporter sans frontières (RSF), le pays a chuté au 95è rang mondial de la liberté de la presse en 2025. Fermetures de médias, intimidations et violences physiques visent systématiquement les enquêtes sur les manifestations et les abus sécuritaires.