
Des migrants arrivent sur l’île de Grande Canarie, le 24 août 2025
Entre samedi et lundi, 334 migrants ont été secourus au large des Canaries et débarqués dans l’archipel. Ces arrivées interviennent après 20 jours sans aucun débarquement de canots dans l’archipel espagnol, un fait sans précédent depuis deux ans sur cette route migratoire.
Après des jours sans arrivées, l’archipel espagnol des Canaries a vu ces dernières heures débarquer 334 migrants. Lundi 15 septembre, 235 personnes, entassées sur une pirogue, ont été secourues par les services espagnols. Parmi elles, on compte 149 hommes, 64 femmes et 22 mineurs.
Leur bateau surchargé a été repéré dans la matinée par la Garde civile à environ 20 km de La Restinga, sur l’île d’El Hierro, la plus petite de l’archipel. Deux navires de secours ont été mobilisés pour prendre en charge les naufragés.
Les exilés, originaires d’Afrique de l’ouest, étaient en mer depuis 11 jours, après avoir quitté début septembre le port de Gunjur, dans le sud de la Gambie.
Un peu plus tôt lundi, 36 migrants ont débarqué au port d’Arguineguín, sur l’île de Grande Canarie après avoir été localisés et secourus dimanche soir. Samedi, ce sont 64 autres personnes, parties de Mauritanie, qui sont arrivées à La Restinga. L’un de ces exilés, atteint d’une sévère hypothermie, est décédé en arrivant à l’hôpital de Tenerife.
Chute du nombre d’arrivées aux Canaries
Ces arrivées interviennent après 20 jours sans aucun débarquement de migrants aux Canaries, un fait sans précédent depuis deux ans sur cette route migratoire. Le dernier « cayuco » – nom espagnol des embarcations de migrants – avait été secouru le 24 août avec 251 exilés à bord. C’était d’ailleurs le plus grand nombre de personnes jamais enregistré dans un même canot ayant atteint l’archipel espagnol ces 30 dernières années.
Depuis janvier, les arrivées ont nettement diminué aux Canaries : selon les autorités espagnoles, un peu plus de 12 000 personnes ont rejoint l’archipel depuis le début de l’année, contre plus de 26 000 à la même période de 2024. Soit une baisse de plus de 50 %.
Cette chute s’explique en partie par le renforcement des contrôles au large du Maroc, de la Mauritanie et du Sénégal. En 2024, la Mauritanie était devenue le principal pays de départs des migrants vers les Canaries, d’après le rapport de la Sécurité nationale espagnole.
Pour endiguer le phénomène, l’Union européenne (UE) a signé en mars 2024 un accord avec Nouakchott à hauteur de 210 millions d’euros pour renforcer le contrôle des frontières de la Mauritanie. En parallèle, la Mauritanie touche chaque année 10 millions d’euros de l’Espagne pour la formation et l’équipement de ses gardes-côtes. En échange, Nouakchott s’engage à accueillir sur le sol mauritanien les exilés entrés de manière irrégulière aux Canaries après avoir quitté le pays, et à bloquer les départs des canots.
Dans le même temps, les autorités mauritaniennes ont multiplié les arrestations de personnes en situation irrégulière. Après un passage en détention, elles sont ensuite envoyées aux frontières avec le Sénégal ou le Mali. Au cours des six premiers mois de 2025, le gouvernement mauritanien a déclaré avoir expulsé plus de 28 000 personnes.
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Son voisin sénégalais, qui était l’an dernier le deuxième pays de départ vers les Canaries, a aussi multiplié ces derniers mois les opérations de contrôle le long de ses côtes. Un renforcement notamment dû au renouvellement d’accords de coopération entre les pays de transit (dont le Sénégal mais aussi la Mauritanie) et l’UE, pour limiter les départs d’embarcations clandestines vers l’Europe. Dakar avait ainsi reçu une aide de 30 millions d’euros en octobre 2024 pour contrer ces départs mais aussi secourir les migrants en mer.
Ainsi, au premier semestre 2025, près de 2 000 migrants ont été interpellés au Sénégal, 74 convoyeurs ont été arrêtés et 32 pirogues saisies, selon Dakar. « La surveillance renforcée des côtes commence à porter ses fruits », s’est félicité le secrétaire permanent du Comité interministériel de lutte contre la migration irrégulière (CILMI), Modou Diagne, saluant notamment les avancées réalisées dans le démantèlement des filières de passeurs et l’intensification de la répression à leur encontre.
Nouvelles routes
Mais face à la recrudescence des contrôles, les flux migratoires s’adaptent et changent leur itinéraire. Désormais, les départs de pirogues vers le sol espagnol se font plus au sud, depuis la Guinée et la Gambie. Au cours des trois derniers mois, au moins sept « cayucos » ont pris la mer depuis le port de Kamsar, en Guinée, d’après le média espagnol El País. Seulement deux d’entre eux sont parvenus à rejoindre les Canaries, les autres ont été interceptés dans les eaux guinéennes ou mauritaniennes.
“Nous sommes confrontés à une situation préoccupante. L’émigration clandestine est devenue un défi national et international », a déclaré Amadou Oury Diallo, procureur de la région de Boké en Guinée, cité par El País.
Des migrants arrivent aux Canaries après avoir été secourus en mer, le 6 juin 2024. Crédit : Reuters
Des migrants arrivent aux Canaries après avoir été secourus en mer, le 6 juin 2024. Crédit : Reuters
Si cette nouvelle route inquiète les autorités, c’est parce qu’elle est particulièrement dangereuse. Il faut compter entre 10 et 12 jours pour parcourir les 2 200 km qui séparent les côtes guinéennes des rives canariennes. En allongeant la durée de la traversée, ce nouvel itinéraire augmente également les risques de naufrages et de dérive des embarcations en haute mer.
Les ONG alertent régulièrement sur les « bateaux fantômes », des canots qui errent en mer, dont les passagers ont parfois pu rentrer en contact avec des humanitaires mais dont le contact a été perdu. Les pirogues sont donc livrées à elles-mêmes, en pleine mer, à la merci des intempéries.
Il existe également un risque que les canots se perdent dans l’océan Atlantique et dérivent de l’autre côté de l’Atlantique. Plusieurs pirogues parties des côtes ouest-africaines ont été retrouvées ces derniers mois dans les Caraïbes ou en Amérique centrale et du sud.
Selon l’ONG Caminando Fronteras, près de 1 500 migrants ont péri sur les cinq premier mois de l’année dans l’Atlantique en tentant d’atteindre les Canaries.
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