Home A LA UNE « En ville comme en campagne, les Guinéens se battent pour améliorer leurs...

« En ville comme en campagne, les Guinéens se battent pour améliorer leurs conditions de vie… », Habib Yimbering

0
SHARE

Mondialisation et globalisation jusqu’au village

En ville comme en campagne, les Guinéens se battent pour améliorer leurs conditions de vie. Ce combat pour le développement individuel et collectif se traduit sur le terrain par des changements remarquables. Dans de nombreux villes et villages, si un homme, parti il y a longtemps revient, il ne reconnaîtra plus son lieu de naissance. Tant notre environnement a changé.

A la place des cases rondes d’hier, des bâtiments modernes sont sortis de terre. Dans de nombreuses localités de l’intérieur du pays, la case traditionnelle est en voie de disparition. Si rien n’est fait, dans quelques années, la nouvelle génération ne saura jamais à quoi ressemblait la case du grand-père. Mon village compte aujourd’hui 23 bâtiments en dur contre 2 cases rondes.
Il en est de même de la clôture traditionnelle. Elle aussi disparaît peu à peu. A la place du bois solidement noué les uns aux autres pour protéger les tapades, ce sont désormais des barbelais qui entourent nos villages. Ressortissants et résidents se donnent la main pour le besoin de la cause. Débarrassant définitivement le villageois des travaux qui constituaient jusqu’ici une véritable corvée pour lui.

Mais il n’y a pas que les hommes qui se frottent les mains. Les femmes, elles aussi, poussent un grand ouf de soulagement. Pour la plupart d’entre elles, finies les longues et interminables distances à parcours à la recherche de l’eau. Il y a des forages partout. Parfois avec un robinet qui coule devant la maison comme dans les grandes agglomérations. Finis aussi le pilon et le mortier pour obtenir de quoi manger. Le riz asiatique a remplacé les céréales locales.

Désormais, il n’existe aucune différence entre la ville et la campagne. Aussi bien à Conakry qu’à l’intérieur du pays, femmes et enfants préfèrent le riz à la place d’autres aliments. Au Fouta par exemple, où les principaux aliments étaient autrefois le fonio, le maïs et le manioc, c’est désormais le riz ou rien. En tout cas pour les plus jeunes. Ce qui oblige les gens à revendre leurs petites productions, notamment au Sénégal, pour acheter le riz asiatique.

La situation est identique pour le déplacement. Marcher est désormais perçu comme une pauvreté voire une malédiction. Le taxi-moto va partout, jusqu’au dernier village.

Le revers de la médaille de ce développement ne se fait pas attendre. A la fois sur le plan économique, social et même sanitaire. Cette sédentarisation fait apparaître des maladies jusqu’ici inconnues dans la société traditionnelle : le diabète et l’hypertension font des ravages. Au plan alimentaire, il est inule de dire que c’est désormais le paysan indonésien, singapourien ou coréen qui nourrit le guinéen. Il n’y a qu’à sillonner le pays profond au début de la saison des pluies pour se rendre compte que le guinéen ne travaille plus. On n’observe très peu ou pas de champ le long de nos routes nationales.

Paradoxalement, l’absence de production locale fait du bien à l’environnement. Il y a de moins en moins de champs agricoles. Moins de clôture en bois. Moins de case couvertes avec le bambou et le chaumes. Toutes ces activités mettaient la nature à rude épreuve. Aussi, plus de battues villageoises à l’occasion desquelles certains animaux étaient décimés.

Bref, l’industrie a remplacé les éléments de la nature. Protégeant l’environnement au point que les forêts sont en train d’envahir nos villages. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, les animaux sauvages se reconstituent et se multiplient. Y compris ceux qu’on croyait inexistants. Comme les lions dont un avait été abattu le 28 janvier de cette année dans la préfecture de Mali.

Habib Yimbering