
En Guinée, la question de l’efficacité des établissements publics à caractère administratif (EPA) mérite un débat national approfondi. Dans un contexte marqué par des besoins sociaux considérables et des ressources publiques qui doivent être utilisées avec rigueur, la performance de ces structures constitue un véritable enjeu de gouvernance. Si leur existence répond, en principe, à des missions d’intérêt général, leur utilité réelle doit pouvoir se mesurer à l’aune des résultats obtenus et des services rendus aux citoyens.
Or, certains établissements publics sont régulièrement critiqués pour leur poids budgétaire, leur fonctionnement administratif parfois lourd et l’insuffisance de leurs résultats visibles. Dès lors, une question s’impose. À quoi servent ces structures lorsqu’elles mobilisent d’importantes ressources publiques sans que leur contribution au développement du pays soit clairement perceptible ?
Des structures au service de l’intérêt général
Un établissement public ne saurait être réduit à un simple centre de dépenses, encore moins à un instrument destiné à satisfaire des intérêts particuliers ou à multiplier les postes de responsabilité. Sa raison d’être repose avant tout sur l’accomplissement d’une mission précise, utile à la collectivité et conforme aux objectifs définis par les pouvoirs publics.
Les EPA doivent ainsi contribuer à améliorer la qualité des services publics, à renforcer l’efficacité de l’action administrative et à répondre aux besoins des populations dans leurs domaines respectifs. Leur existence ne se justifie pleinement que si les avantages liés à leur fonctionnement sont supérieurs aux coûts qu’ils occasionnent pour le budget de l’État.
La multiplication des structures administratives, lorsqu’elle ne s’accompagne ni d’une clarification des responsabilités ni d’une amélioration des prestations, risque au contraire d’alourdir les dépenses publiques et de disperser les moyens disponibles. Dans certains cas, le chevauchement des missions entre plusieurs organismes peut également entraîner des doublons, des lenteurs décisionnelles et une dilution des responsabilités.
Il devient donc indispensable de s’interroger sur la pertinence de chaque structure, sur la cohérence de ses missions et sur sa capacité à produire des résultats concrets.
L’argent public exige des résultats
À l’heure où la Guinée doit investir davantage dans les infrastructures, l’éducation, la santé, l’accès à l’eau potable, l’assainissement et la création d’emplois, chaque dépense publique doit faire l’objet d’une attention particulière. Les ressources de l’État ne sont pas inépuisables. Leur affectation doit répondre à des priorités clairement établies et produire des effets tangibles sur les conditions de vie des citoyens.
Dans cette perspective, le fonctionnement des EPA mérite une évaluation rigoureuse. Il ne suffit pas de disposer de locaux, de personnel, de véhicules de service et d’un budget annuel pour démontrer l’utilité d’un établissement public. Encore faut-il pouvoir présenter des réalisations, des indicateurs de performance et des résultats vérifiables.
Combien ces structures coûtent-elles réellement au contribuable ? Quels objectifs leur sont assignés ? Quels services fournissent-elles à la population ? Dans quelle mesure leurs dépenses contribuent-elles à l’accomplissement de leurs missions ? Autant de questions auxquelles les responsables concernés devraient pouvoir répondre avec précision.
La transparence budgétaire et la publication régulière des rapports d’activité permettraient aux citoyens, aux parlementaires et aux organes de contrôle d’apprécier plus objectivement la gestion de ces établissements.
Évaluer, réformer et responsabiliser
Pour améliorer la performance des EPA, une évaluation systématique s’impose. Celle-ci devrait porter notamment sur leur coût de fonctionnement, la pertinence de leurs missions, la qualité des services rendus, la gestion de leurs ressources humaines et l’utilisation des crédits publics.
Les établissements dont les missions se chevauchent pourraient faire l’objet d’une rationalisation, d’une mutualisation de certains services ou, lorsque cela se justifie, d’une réorganisation institutionnelle. De même, les structures dont l’utilité n’est plus démontrée devraient être soumises à un examen approfondi, sans préjuger des conclusions avant l’analyse de leurs résultats.
La question des nominations mérite également une attention particulière. Les postes de responsabilité dans les établissements publics doivent être confiés à des personnes compétentes, capables de conduire des équipes, de gérer les ressources avec rigueur et de rendre compte des résultats obtenus. La compétence, l’intégrité et le sens du service public doivent primer sur les considérations personnelles.
Enfin, la responsabilité des dirigeants doit être clairement établie. Lorsque des insuffisances sont constatées, des mesures correctives doivent être exigées. En cas de mauvaise gestion avérée, les procédures prévues par les textes doivent être appliquées. L’objectif n’est pas de sanctionner systématiquement, mais d’instaurer une véritable culture de la responsabilité et de la performance.
De la bureaucratie à la performance
La Guinée ne peut durablement se permettre de mobiliser des ressources importantes dans des structures dont la contribution à l’intérêt général reste difficile à apprécier. La modernisation de l’administration exige un changement de méthode, fondé sur la rationalisation des dépenses, la transparence, l’évaluation et l’obligation de rendre compte.
Il ne s’agit pas de condamner indistinctement tous les EPA, dont certains peuvent remplir des missions essentielles. Il s’agit plutôt de distinguer les structures performantes de celles qui doivent être réformées, en s’appuyant sur des données fiables et des critères objectifs.
L’enjeu est de faire en sorte que chaque établissement public soit un véritable instrument de développement, et non une charge administrative supplémentaire pour les finances de l’État.
L’argent public n’est ni un privilège ni une rente. Il représente une responsabilité envers la nation et les citoyens qui contribuent, directement ou indirectement, au financement des services publics. Sa gestion doit donc obéir à une exigence fondamentale : chaque franc dépensé doit être justifié par une mission utile, une gestion rigoureuse et des résultats évaluables.
Pour la Guinée, le temps est venu de renforcer cette exigence. Car la performance de l’administration ne se mesure pas au nombre de structures créées, de responsables nommés ou de budgets consommés, mais à la qualité des services rendus et à l’impact réel de l’action publique sur la vie des populations.
Le véritable défi est désormais de passer des dépenses aux résultats, des déclarations aux réalisations et d’une administration de moyens à une administration de performance.
Par Amadou Foulah Diallo







