Cellou Dalein Diallo, lors d’un meeting de campagne à Mamou, dans la Fouta-Djalon.
À la veille de son ultime face-à-face avec Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo clôt ce jeudi dix jours de campagne présidentielle à travers la Guinée. Et rejette d’ores et déjà les résultats dans le fief de son adversaire, explique à JA son conseiller politique, Ousmane Gaoual Diallo.
« Alpha Condé ne peut pas gagner. » Alors que sa campagne électorale à travers le pays s’achève, Cellou Dalein Diallo veut y croire. Et ce, alors même que le chef de file de l’opposition considère que « les conditions d’un scrutin équitable ne sont pas réunies ».
Depuis dix jours, à chacune des étapes de sa campagne, l’ancien Premier ministre de Lansana Conté fait le même geste : juché sur le 4×4 qui le conduit au milieu de la foule de ses partisans vers le lieu du meeting du jour, il pointe du doigt la montre qu’il porte au poignet gauche. Une manière de dire : « L’heure du changement est venue. »
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Des fiefs de son adversaire Alpha Condé, il ressort en s’affirmant « surpris » par le « soutien massif » qu’y a reçu son parti, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). Et veut y voir le signe de la désaffection de la jeunesse à l’égard du président sortant, candidat à un troisième mandat controversé.
À Kankan, pourtant, il n’a pas pu tenir son meeting, le 11 octobre. Des jeunes ont bloqué son convoi avant qu’il ne parvienne dans la capitale du pays malinké, et des affrontements ont éclaté entre les partisans de Condé et les siens.
Au sortir d’une campagne électorale tendue, lors de laquelle les deux camps s’accusent mutuellement d’instrumentaliser la question ethnique à des fins électoralistes, Ousmane Gaoual Diallo, conseiller politique de Cellou Dalein Diallo et directeur de la Communication de l’UFDG, répond aux questions de Jeune Afrique.
Ousmane Gaoual Diallo, conseiller politique de Cellou Dalein Diallo, aux côtés du candidat de l’UFDG pendant la campagne présidentielle.
Jeune Afrique : Quel est le principal message de votre candidat, qui termine une tournée au quatre coins de la Guinée ? Quelles seraient ses priorités en cas de victoire ?
Ousmane Gaoual Diallo : Notre première priorité, c’est de réconcilier et d’unir les Guinéens. Nous allons mettre en œuvre les recommandations de la commission nationale de la réconciliation, afin de solder un passé qui continue de diviser. À ce moment-là seulement, nous nous attèlerons à nos axes prioritaires, qui concernent l’éducation, la santé, les infrastructures routières, la justice, les institutions militaires. Ces secteurs ne peuvent se reconstruire sur les bases d’une société divisée.
L’UFDG s’est joint à l’appel à manifester ce jeudi lancé par le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC). En décidant de se porter candidat, Cellou Dalein Diallo a rompu avec la ligne du boycott, suivie par ce dernier. Quels rapports conservez-vous avec vos alliés d’hier ?
Le FNDC n’est pas notre allié. Nous en sommes membres à part entière, même si nous ne sommes plus présents au sein des organes de décision. Cette structure a été créée par les organisations politiques et de la société civile pour défendre la Constitution de 2010 et s’opposer au troisième mandat. Ces objectifs, nous les poursuivons à travers la candidature de Cellou Dalein Diallo. Ce sont deux démarches complémentaires pour le même objectif.
Plusieurs membres ou ex-membres du FNDC sont aujourd’hui candidats à l’élection. Pourquoi n’êtes-vous pas parvenu à désigner un candidat unique ?
Ce sujet divise la classe politique et n’a jamais été tranché. Mais ceux qui pouvaient se présenter ont décidé de le faire. L’essentiel, c’est qu’ils s’engagent pour l’alternance et s’alignent derrière celui qui, parmi eux, arrivera au second tour.
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Avez-vous l’assurance que les onze candidats de l’opposition feront front commun, dans l’hypothèse d’un deuxième tour ?
Un accord en ce sens a déjà été signé dans le cadre de l’Alliance nationale pour l’alternance démocratique. Ils se sont engagés publiquement.
N’est-il pas paradoxal de participer à un scrutin dont, par ailleurs, vous affirmez qu’il est illégitime ?
Tout d’abord, la candidature de Cellou Dalein Diallo ne légalise pas celle d’Alpha Condé, qui a prêté serment à plusieurs reprises devant une Constitution qui lui interdit d’être candidat à un troisième mandat.
Ensuite, il faut rappeler que nous sommes dans une situation d’imbroglio juridique. La Constitution de 2010 adoptée par consensus est suspendue, une autre a été soumise au peuple par référendum, et une troisième a été promulguée… Ces trois textes sont différents : lequel s’impose aujourd’hui aux Guinéens ?
Enfin, le code électoral, qui fixe les conditions de candidature et les règles de cette élection, est adossé à la Constitution de 2010, qui a été suspendue. C’est ce qui fait que des conditions édictées dans la nouvelle Constitution, comme l’obligation de parrainage pour les candidats, n’ont pas pu être mises en œuvre.
Malgré tout, la candidature de Cellou Dalein Diallo, qui est légale et légitime, ne vient pas effacer ces turpitudes.
Jeuneafrique
