Mettez le grand plateau, comme on dit en Flandre ! Il est des nouvelles qui replacent un peuple sur la carte, droit dans le sens de la grande histoire. L’inscription de l’archipel des Bijagos au patrimoine mondial de l’Unesco s’avère une sacrée tape dans le dos pour la biodiversité de notre bout d’Afrique.
En gravant ces 88 îles et îlots sur la carte des merveilles de l’humanité, l’institution internationale couronne un trésor que l’Atlantique couvait jalousement à quelques encablures de nos côtes. Ce succès historique porte indéniablement l’empreinte de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló, dont la diplomatie structurée et offensive continue, aujourd’hui encore, de porter ses fruits.
Dans ce pays trop souvent indexé pour ses crises d’instabilité institutionnelle et les stigmates du narcotrafic, cette consécration offre ainsi un contre-récit salvateur. C’est le fruit d’un repositionnement prouvant que, par-delà les turbulences politiques, l’État bissau-guinéen sait porter des ambitions globales pour la sauvegarde de notre patrimoine naturel commun.
Au cœur de cet écosystème remarquable, les Bijagos s’égrènent comme un poème de sable, de mangrove et d’écume éclaté en quatre-vingt-huit éclats de terre. Un labyrinthe amphibie où la nature dicte ses droits et où l’homme, guidé par les traditions séculaires du peuple Bijago, observe le plus noble des pactes de non-agression avec son environnement, érigeant ces îles en un véritable paradis de la vie sauvage.
Sous le prisme de la conservation, l’archipel abrite un miracle biologique absolu, une anomalie de la création qui justifie à elle seule tous les classements où trône la mythique colonie d’hippopotames marins, unique au monde. Eh oui ! Voir ces pachydermes fluviaux fendre les rouleaux de l’Atlantique relève du prodige. Selon les spécialistes, ces gardiens totémiques sécurisent un refuge inviolé qu’ils partagent avec les tortues marines et les oiseaux migrateurs.
La victoire de Bissau légitime désormais l’ambition bioclimatique de notre pays d’inscrire le majestueux massif du Fouta-Djalon au patrimoine mondial. Ce château d’eau amorce en effet un véritable octogone environnemental ouest-africain, une armature écologique continue reliant le Fouta, les Monts Nimba, le Bec de perroquet, le mont Benna et les contreforts du Badiar, pour venir refermer sa boucle parfaite sur la façade maritime des Bijagos.
Or, préserver ce corridor interconnecté signifie sécuriser l’avenir hydrique et la résilience agricole de toute notre région. Mais attention ! Ce précieux label doit servir de gri-gri à ce chef-d’œuvre brut et tracer la voie à nos autres sanctuaires ouest-africains, afin de léguer intacts les bienfaits de la Terre-mère aux générations futures.
Dès lors, face au triomphe de la Guinée-Bissau à l’Unesco, notre pays doit alimenter la source pour propulser, à son tour, le Fouta-Djalon vers cette même consécration.
J’ai dit.
Par Alpha Abdoulaye Diallo in Le Populaire du 18 mai 2026
Diallo Alpha Abdoulaye
