
Est-il acceptable de taquiner sa grand-mère en l’appelant « ma femme » ?
Dans de nombreux foyers en Afrique de l’Ouest, il est fréquent d’entendre certaines personnes appeler un petit garçon « le mari de sa grand-mère ». Cette expression est souvent prononcée avec affection et humour. Pour beaucoup de familles, il s’agit simplement d’une manière de montrer le lien fort qui existe entre une grand-mère et son petit-fils. Très souvent, l’enfant passe beaucoup de temps avec sa grand-mère, mange avec elle, dort près d’elle ou refuse de la quitter. Les proches utilisent alors cette formule pour plaisanter et montrer l’attachement entre les deux. Pourtant, malgré son caractère culturel et affectif, cette habitude soulève aujourd’hui des interrogations dans plusieurs milieux religieux et éducatifs.
Avec le temps, cette manière de parler s’est installée dans les habitudes de nombreuses familles au point de devenir presque normale. Beaucoup de personnes répètent ces paroles sans réfléchir à leur sens réel. Pourtant, dans la religion musulmane, les relations familiales et les relations de mariage sont clairement séparées. Une grand-mère fait partie des personnes qu’un homme ne peut jamais épouser. Cette interdiction est clairement mentionnée dans le Coran. Ainsi, même si les personnes qui utilisent cette expression n’ont aucune mauvaise intention, plusieurs responsables religieux estiment qu’il n’est pas convenable d’utiliser le mot « mari » dans ce contexte familial.
Selon plusieurs enseignants et prédicateurs, les paroles ont une grande importance dans l’éducation des enfants et dans la vie sociale. Un mot répété chaque jour finit souvent par devenir banal. Or, l’islam recommande aux croyants de préserver la dignité des relations familiales et d’utiliser des paroles propres et respectueuses. Les spécialistes des questions religieuses rappellent que les enfants apprennent beaucoup à travers ce qu’ils entendent autour d’eux. Lorsqu’un enfant grandit dans un environnement où certaines expressions sont répétées sans explication, il peut finir par ne plus comprendre les limites normales entre les différents liens familiaux.
Dans plusieurs pays de la sous-région, des voix commencent aujourd’hui à demander plus de vigilance sur cette question. Pour certains éducateurs, cette habitude fait partie de nombreuses expressions culturelles héritées des anciennes générations et qui méritent d’être corrigées avec sagesse. Ils expliquent qu’il ne s’agit pas d’attaquer les traditions africaines ni de condamner les familles, mais plutôt d’encourager un langage plus sain et plus conforme aux valeurs religieuses et éducatives.
D’autres personnes pensent également que cette pratique doit être abandonnée parce qu’elle peut créer un malaise dans certains contextes modernes. Avec l’évolution des sociétés, plusieurs comportements autrefois considérés comme de simples plaisanteries sont désormais regardés avec plus d’attention. Dans les écoles, sur les réseaux sociaux et dans les médias, les questions liées à la protection de l’enfant et au respect des limites familiales prennent aujourd’hui une place importante. Certaines familles préfèrent donc remplacer cette expression par d’autres paroles plus adaptées comme « le préféré de sa grand-mère », « le chouchou de mamie » ou encore « son petit compagnon ».
Cependant, la majorité des responsables religieux reconnaissent aussi que les familles qui utilisent cette expression ne cherchent pas à mal faire. Dans la plupart des cas, il s’agit simplement d’une habitude héritée des anciens et répétée automatiquement. Beaucoup de grands-mères manifestent un amour très fort envers leurs petits-enfants, surtout dans les familles africaines où les liens entre générations occupent une place centrale. Les enfants grandissent souvent auprès des grands-parents qui participent à leur éducation, à leur protection et à leur apprentissage de la vie. Cette proximité explique pourquoi certaines expressions affectueuses se sont développées au fil du temps.
Malgré cela, plusieurs imams et éducateurs estiment qu’il est toujours possible de conserver cette tendresse familiale sans utiliser des mots qui peuvent contredire les enseignements religieux. Ils rappellent que la religion encourage l’amour, le respect et la solidarité entre les membres de la famille, mais demande également de préserver la pureté du langage et la clarté des relations. Pour eux, le changement doit se faire avec douceur, sans conflit ni insultes envers les personnes âgées qui ont grandi avec ces habitudes.
Aujourd’hui, ce débat continue de prendre de l’ampleur dans certains milieux musulmans d’Afrique de l’Ouest. Entre respect des traditions et volonté de mieux suivre les principes religieux, de nombreuses familles cherchent un équilibre. Une chose semble toutefois faire l’unanimité : l’amour entre une grand-mère et son petit-fils reste une richesse précieuse qu’il faut protéger. Mais cet amour peut être exprimé avec des paroles simples, respectueuses et adaptées aux valeurs religieuses et éducatives de la société.
Aboubacar SAKHO
Expert en Communication








