Hommage à Souleymane Diallo, Abdoulaye Condé
témoignage:
Évoquer Souleymane Diallo, c’est écrire la longue histoire de la Presse indépendante Guinéenne sur les 30 dernières années. Les superlatifs ne manquent pas non plus pour distinguer un grand, un véritable professionnel avec lequel les uns et les autres partagent de nombreux souvenirs.
Mais, l’homme ne valant que par ses actes au service, je tiens, en cet émouvant Jour de recueillement et d’hommages à la mémoire du Professionnel qu’il a été dans toute la rigueur du terme, à citer ou rappeler quelques faits qui, à mes yeux, immortalisent l’illustre defunt dans le monde de la corporation et même de la Guinée.
Il convient d’abord de noter que depuis la libéralisation de la presse adoptée en 1991 à l’issue des journées de l’information organisée par le ministère du même nom dirigé à l’époque par Monsieur Hervé Vincent Bangoura, Souleymane Diallo a été le tout premier à occuper l’espace libéré avec une entreprise digne de ce nom.
Ainsi, je retiens du fondateur du satirique Lynx et de l’hebdomadaire du mercredi La Lance, ces quelques points parmi tant d’autres.
1 – Conscient que la Presse Guinéenne ne peut se faire respecter, se entendre et defendre efficacement ses intérêts sans un minimum de règles et principes ni dans la dispersion, il s’est employé dès les premières heures à la mise en place de certaines structures comme l’AGEPI ( Association des Éditeurs de la Presse Indépendante) et l’OGUIDEM ( L’observatoire Guinéenne de la déontologie et de l’Ethique des Médias) afin que la profession s’exerce dans un cadre juridique normal. Naturellement, Souleymane Diallo bénéficia à chaque fois de la confiance de ses pairs pour assumer la Présidence de ces 2 structures qu’il a su diriger avec efficacité.
En effe, à chaque événement important de la vie du pays comme les rendez-vous electoraux, il a pu trouver auprès des organismes internationaux et représentations diplomatiques en Guinée des moyens financiers et matériels permettant aux journaux d’assurer une couverture totale en suivant tous les candidats partout où ils ont fait campagne sur le territoire national.
D’autre part, avec ces structures, la presse Guinéenne était invitée à tous les forums internationaux.
Aussi, avec les efforts conjugués sous son leadership, la presse Guinéenne bénéficia de plusieurs bourses et stages de formation ou de perfectionnement à l’étranger notamment au Canada où une vingtaine de débutants ou stagiaires ont pu se rendre.
Avec ces structures, la presse Guinéenne a gagné le combat de la dépénalisation des délits dits de presse à travers un Accord signé en 2001 par le Président de l’AGEPI, Souleymane Diallo et le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Abou Camara.
2 – C’est à Souleymane Diallo que les médias Guinéens doivent la subvention versée depuis 2001.
En effet, en janvier 2001, le ministre des finances de l’époque, Cheick Amadou Camara m’appelle et me charge de convier mes confrères à une réunion à son bureau. Le lendemain, le ministre Cheick Amadou Camara nous reçoit ( Sanou Kerfalla Cisse Malick, Tibou Kamara, Souleymane Diallo ) et annonce un don de 280 millions GNF du Président Lansana Conté aux patrons ou propriétaires de journaux que nous étions. À l’époque, le montant était mille fois plus important qu’il ne l’est aujourd’hui.
Face à cette alléchante offre, Souleymane Diallo, avec le reflexe de chef d’entreprise mais animé aussi par l’esprit de solidarité corporatiste,
remercie le Président de la République et le ministre des finances, mais suggère que cette magnanimité soit institutionnalisée afin qu’elle soit plus conforme aux règles et principes budgétaires de l’Etat. Le ministre et le Président de la République acceptent cette proposition sans difficultés.
C’est donc, le lieu et le moment de dire, solennellement et publiquement, MERCI, GRAND MERCI à Souleymane Diallo d’avoir su faire accepter par le Président Lansana Conté et le ministre Cheick Amadou Camara le principe de transormer l’idée d’un DON PRÉSIDENTIEL GÉNÉREUX MAIS UNIQUE à quelques Personnes EN SUBVENTION ANNUELLE DE L’ÉTAT IMPERSONNEL ET INTEMPOREL GUINÉEN AUX MÉDIAS.
3 – C’est également en grande partie à Souleymane Diallo que nous devons la HAC (Haute Autorité de la Communication).
En 2010, membre du CNT (Conseil National de la Transition), il est élu Président de la Commission Communication comprenant Hadja Saran Toure, Fodé Bouya Fofana, Amadou Tham Camara, feu Sékou Mady Traoré, Morane Diallo.
À ce titre, avec les membres de sa commission, il rédige et propose un projet de loi sur l’organisation des médias dont les statuts de la future Haute Autorité de la Communication qui a remplacée le CNC ( Conseil National de la Communication) adopté à la plénière.
4. Enfin, engagé pour la profession, il a mis son imprimerie au service des journaux de l’époque. Malgré que certains soient mauvais payeurs, Souleymane Diallo n’a jamais arrêté l’impression d’un Titre.
Ces faits et tant d’autres donnent une place historique à Souleymane Diallo dans le Panthéon de la Presse.
Plus que le Titre du Lynx le rendant hommage, Souleymane Diallo a été le Père de la Presse indépendante Guinéenne aujourd’hui orpheline de son fédérateur.
VEUILLE ALLAH, NOTRE CRÉATEUR, l’accepter dans son éternel Paradis. Amen
