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Retour du Hajj : une embrassade à l’aéroport de Conakry relance le débat sur la pudeur en islam

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À peine les portes de l’aéroport international Ahmed Sékou Touré de Conakry ouvertes aux premiers pèlerins de retour des lieux saints de l’islam, une scène inattendue est venue détourner l’attention de la ferveur habituellement associée à ce moment. Au milieu des chants de bienvenue, des accolades familiales et des manifestations de joie, un homme s’est précipité vers son épouse revenant de La Mecque pour l’embrasser devant les caméras et les nombreux témoins présents. Filmée puis diffusée sur les réseaux sociaux, la séquence est rapidement devenue virale, suscitant un débat passionné dans l’opinion publique guinéenne.

Pour certains internautes, il ne s’agissait que de l’expression spontanée d’un amour conjugal après plusieurs semaines de séparation. D’autres, en revanche, contestent cette lecture. Selon eux, les images montrent un échange de baisers particulièrement démonstratif qui dépasse le cadre d’une simple accolade de bienvenue. Cette perception explique en grande partie l’ampleur des réactions observées sur les plateformes numériques, où les commentaires oscillent entre approbation, malaise et condamnation.

La polémique soulève alors une question sensible : jusqu’où une manifestation d’affection entre époux peut-elle être exprimée publiquement dans une société majoritairement musulmane, particulièrement dans le contexte du retour du pèlerinage ?

Du point de vue de l’islam, la réponse appelle davantage à la nuance qu’au jugement. Les sources islamiques n’interdisent pas l’affection au sein du couple. Au contraire, la tradition prophétique rapporte de nombreux exemples témoignant de la tendresse et de l’attachement manifestés par le Prophète Mohammed (paix et salut sur lui) envers ses épouses. L’amour conjugal n’est donc pas remis en cause. Ce qui alimente aujourd’hui la controverse relève davantage de la question de la pudeur, valeur centrale dans l’éthique musulmane.

Pour plusieurs personnes, le débat ne porte pas tant sur la légitimité de l’affection entre mari et femme que sur son expression dans un espace public fortement exposé. La présence de centaines de personnes, de téléphones portables et de caméras transforme un instant privé en événement collectif, soumis à l’appréciation de chacun selon sa propre sensibilité religieuse, culturelle ou morale.

Mais au-delà du comportement du couple, un autre aspect retient l’attention des islamologues : celui de la diffusion de la vidéo. Dans la tradition musulmane, la protection de la vie privée et de la dignité des personnes occupe une place importante. Dès lors, plusieurs observateurs s’interrogent sur la responsabilité de ceux qui ont filmé, publié et massivement relayé ces images. Un moment intime, même vécu dans un espace public, devait-il être exposé à des milliers d’internautes et devenir l’objet d’un débat national ?

Pour certains , la réaction collective mérite autant d’analyse que la scène elle-même. L’islam appelle non seulement à la pudeur dans les comportements, mais également à la retenue dans le regard porté sur autrui. La recherche du scandale, les défauts d’autrui, la moquerie publique ou l’humiliation numérique sont également perçues comme des dérives contraires à l’éthique religieuse.

La prise de position de l’Imam Alkhaly Facinet Sylla s’inscrit d’ailleurs dans cette logique de modération. Sans minimiser les interrogations soulevées par la vidéo, le religieux a privilégié une lecture équilibrée, rappelant implicitement la nécessité d’éviter les condamnations hâtives et les procès d’intention.

Cette affaire illustre finalement les tensions qui traversent les sociétés contemporaines, où les émotions humaines les plus spontanées se retrouvent instantanément confrontées au jugement collectif des réseaux sociaux. Entre l’exigence de pudeur, la liberté d’expression des sentiments et le respect de la vie privée, la scène de l’aéroport de Conakry dépasse désormais le simple cadre des retrouvailles conjugales.

Au fond, la question qui demeure n’est peut-être pas seulement celle du comportement du couple, mais aussi celle du regard porté par la société sur un instant personnel devenu, en quelques clics, une affaire publique.

Par Aboubacar SAKHO
Expert en Communication