De l’or à l’alumine, puis au minerai de fer, le président Mamadi Doumbouya affiche sa volonté de rompre avec le modèle historique d’exportation brute des ressources naturelles de la Guinée. Une stratégie qui vise à créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.
Depuis des décennies, les pays africains riches en minerais ont principalement exporté leurs ressources à l’état brut vers des centres industriels situés à l’étranger. C’est dans ces pôles de transformation que se concentraient les emplois qualifiés, la technologie, la certification, le financement et l’essentiel de la valeur ajoutée.
Le président Doumbouya entend désormais changer cette logique. Mettre en avant une politique de transformation locale des ressources minières, présentée comme un levier majeur de souveraineté économique et d’industrialisation.
L’or, première étape d’un changement de modèle
L’exemple de l’or illustre l’enjeu. Les grands centres mondiaux du raffinage et du commerce aurifère se trouvent notamment à Zurich, Dubaï, Hong Kong, Londres ou Singapour. Ces places financières ne disposent pas nécessairement de mines importantes sur leur territoire, mais elles tirent leur puissance de leur capacité à transformer, certifier, commercialiser et financer une richesse extraite ailleurs.
Pour les pays producteurs, cette situation a longtemps signifié une captation limitée de la valeur générée par leurs propres ressources. En développant une capacité nationale de raffinage, la Guinée va désormais se positionner non seulement comme producteur, mais aussi comme acteur de la transformation et de la valorisation de l’or.
Cette orientation envoie également un signal aux marchés internationaux : les pays détenteurs de ressources naturelles veulent désormais peser davantage dans les chaînes de valeur mondiale.
La bauxite et l’alumine au cœur de l’ambition industrielle
Au-delà de l’or, la stratégie du président Mamadi Doumbouya concerne surtout la bauxite, ressource dont le pays est l’un des principaux détenteurs au monde. Jusqu’ici, une grande partie de cette matière première a été exportée avant d’être transformée ailleurs en alumine, puis en aluminium.
L’objectif affiché est de renforcer la transformation sur place, notamment à travers la construction de raffineries d’alumine et le développement d’un tissu industriel local. Pour le président Doumbouya, cette évolution doit permettre de créer des emplois, de renforcer les compétences nationales et d’augmenter les retombées économiques du secteur minier.
Simandou et la perspective d’une filière acier
Le minerai de fer constitue l’autre grand axe de cette stratégie. Avec le projet de Simandou, considéré comme l’un des plus importants gisements de minerai de fer au monde, le président a ouvert une nouvelle phase de son développement industriel.
À terme, l’enjeu dépasse l’extraction. Il s’agit de favoriser la transformation locale du minerai, la production de produits sidérurgiques et, potentiellement, l’émergence d’une industrie de l’acier capable d’approvisionner les marchés régionaux et internationaux.
Trois piliers pour capter davantage de valeur
La nouvelle orientation économique repose ainsi sur trois priorités : transformer l’or en Guinée, convertir davantage de bauxite en alumine sur le territoire national, et préparer la transformation du minerai de fer en produits industriels.
Cette approche marque une rupture avec un modèle longtemps fondé sur l’exportation brute. Elle traduit la volonté de faire de l’exploitation minière un moteur de diversification économique, plutôt qu’une simple source de recettes d’exportation.
Pour le président Mamadi Doumbouya, le message est clair : la richesse doit être créée au plus près des ressources. Cette ambition s’inscrit dans un contexte africain plus large, où plusieurs pays producteurs cherchent à renégocier leur place dans l’économie mondiale des matières premières.
Ainsi se dessine progressivement une nouvelle stratégie nationale fondée sur trois piliers :
Transformer l’or en Guinée.
Transformer la bauxiteen alumine en Guinée.
Transformer le minerai de fer en produits industriels en Guinée.
Cette vision constitue l’une des plus importantes ruptures économiques observées en Afrique depuis plusieurs décennies.
Alors que les grandes places mondiales du commerce des matières premières continuent de dominer les marchés internationaux, la Guinée affirme désormais une conviction simple mais puissante.
L’histoire retiendra peut-être que Mamadi Doumbouya n’a pas seulement lancé des projets miniers.
Elle retiendra qu’il a engagé la Guinée dans une transformation structurelle profonde, remettant en cause un système hérité de plusieurs générations et affirmant qu’un pays riche en ressources naturelles ne doit plus se contenter d’exporter ses matières premières.
En faisant de la transformation locale une priorité nationale, la Guinée ne suit plus les tendances mondiales.
Elle contribue désormais à les définir.
L’or aujourd’hui.
L’alumine demain.
L’acier après-demain.
Et avec eux, l’émergence d’une nouvelle puissance industrielle africaine.
Tout ceci grâce à la souveraineté monétaire que nos pères de l’indépendance ont jalousement sauvegardée.
Bangaly Steve Touré, DGA Fonds d’Investissement Minier Guinée et Ancien journaliste France24
