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Afrique du Sud : à l’approche de l’ultimatum du 30 juin, des migrants se pressent de quitter le pays

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Des mouvements anti-immigration ont donné jusqu’au 30 juin aux ressortissants étrangers en situation irrégulière pour quitter l’Afrique du Sud. Face à la montée des discours xénophobes, plus de 15 000 Malawites ont choisi de partir et témoignent de cette pression croissante qui les contraint à abandonner une vie entière.

Un groupe d’environ 80 personnes, brandissant des banderoles et agitant des drapeaux sud-africains, tente de forcer le passage devant des policiers sud-africains lors d’une marche organisée par March and March pour protester contre l’immigration clandestine à Parklands, une banlieue du Cap, le 27 juin 2026. © RODGER BOSCH / AFP
Un groupe d’environ 80 personnes, brandissant des banderoles et agitant des drapeaux sud-africains, tente de forcer le passage devant des policiers sud-africains lors d’une marche organisée par March and March pour protester contre l’immigration clandestine à Parklands, une banlieue du Cap, le 27 juin 2026.

« Je suis déçue de ce que nos frères et sœurs sud-africains nous font subir. » Avec deux sacs pour tout bagage, Katiija Rajab a rejoint des milliers de Malawites dans un camp improvisé de Durban, d’où elle compte embarquer dans un bus pour rentrer dans son pays.

« Même les enfants nous narguent et nous demandent quand nous allons rentrer chez nous, explique la jeune femme de 36 ans, qui depuis trois ans travaille comme employée de maison dans la localité d’Amanzimtoti, au sud de la grande ville portuaire de Durban. Quand j’ai annoncé à ma patronne que je partais, elle s’est mise à pleurer. »

15 000 Malawites sur le départ
Katiija fait partie des plus de 15 000 Malawites qui, effrayés par des semaines de manifestations demandant le départ des immigrants illégaux et de discours xénophobes en ligne, ont décidé de jeter l’éponge et de retourner au Malawi.

Des groupes d’initiative citoyenne ont donné jusqu’au 30 juin aux ressortissants étrangers en situation irrégulière pour quitter l’Afrique du Sud. Ils ont appelé à des manifestations dans tout le pays, ce qui fait craindre une recrudescence des violences xénophobes.

A lire : Afrique du Sud : 5 questions pour comprendre la nouvelle vague de xénophobie

À Durban, plusieurs milliers d’entre eux sont regroupés dans un vaste terrain, le Old Durban Drive-in, qui abritait des projections de cinéma en plein air sous le régime ségrégationniste d’apartheid. Dans des conditions très précaires à peine atténuées par des distributions de repas chauds et de bouteilles d’eau par des volontaires, ils y sont enregistrés par les autorités avant de pouvoir embarquer dans un bus à destination de Blantyre au Malawi, pour un périple de plus de 2 000 km.

« Les Zoulous d’Afrique du Sud nous chassent »
Parmi eux, Isaac Paul, sa femme Elizabeth et leur bébé d’un an, Trizah. Paul, dont le passeport a expiré, multipliait depuis quatre ans les petits boulots de jardinage et d’entretien. « Mon patron m’a dit qu’il ne pouvait plus me garder car les autorités ont menacé les employeurs de leur dresser des amendes. Même dans notre quartier, les gens nous menacent et disent qu’on doit partir », explique-t-il à l’AFP.

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Dans l’attente d’être enregistré et de monter à son tour dans un bus, Paul confie son désarroi : « Je ne sais de quoi ma vie sera faite au pays mais je dois subvenir aux besoins de ma famille ».

Même inquiétude pour Chris Chiwutsi, maçon de 47 ans, arrivé sur le site samedi avec son frère cadet Sam, en provenance de Shakaskraal, au nord de Durban. Leur employeur les a licenciés, craignant des amendes et leur propriétaire leur a ordonné de partir. « Je suis ici depuis douze ans. Je ne sais pas ce qui m’attend au Malawi, mais je n’ai pas le choix : les Zoulous d’Afrique du Sud nous chassent », témoigne-t-il.

Le KwaZulu Natal, épicentre des violences xénophobes

Les responsables provinciaux du ministère de l’Intérieur ont indiqué que ceux qui quittent le pays sans avoir pu justifier de papiers en règle lors de leur enregistrement seront interdits de séjour en Afrique du Sud pendant cinq ans.

Si des manifestations contre les clandestins ont été organisées dans de nombreuses localités, elles ont un retentissement plus marqué dans le KwaZulu Natal qui abrite Durban, une province baignée de nationalisme zoulou et où le discours anti-immigré est très répandu.

Samedi, un journaliste de l’AFP a pu constater un plus grand nombre de policiers déployés dans la ville tandis que le gouvernement a mis en garde les éventuels fauteurs de troubles. Des sociétés de sécurité privées ont indiqué qu’elles seraient elles aussi à pied d’œuvre pour garantir la sécurité.

À quelques kilomètres du camp, se trouve un autre groupe de dizaines de demandeurs d’asile originaires de RDC, du Burundi ou du Rwanda, qui campent depuis six semaines dans la rue devant un bâtiment administratif.

Leurs papiers sont en règle pour la plupart mais ils ont fui les menaces dans leur quartier. « Nous sommes en règle. Les officiels nous disent de rentrer dans notre quartier. Mais comment pouvons-nous y retourner alors que des gens nous menacent ? se désole Gladys Irakoze, 38 ans qui a fui le Burundi en 2006 pour s’installer en Afrique du Sud. Nous nous sentons abandonnés. »

(Avec AFP)