
La course à la succession d’António Guterres à la tête des Nations unies est entrée dans une phase importante. Le mandat de l’actuel Secrétaire général de l’ONU prendra fin le 31 décembre 2026 et plusieurs candidats sont déjà engagés dans la bataille pour lui succéder. Parmi eux figure l’ancien président sénégalais Macky Sall, dont la candidature a été officiellement transmise aux Nations unies par le Burundi le 2 mars 2026.
Ces derniers jours, beaucoup d’informations circulent sur les réseaux sociaux au sujet de la position de Macky Sall dans cette compétition. Certaines publications affirment notamment qu’un sondage de l’ONU aurait placé l’ancien président sénégalais dernier parmi les candidats. Cette affirmation mérite d’être fortement nuancée.
Il est vrai qu’un vote a bien eu lieu au Conseil de sécurité des Nations unies le 30 juillet 2026. Mais il ne s’agissait pas d’un sondage classique réalisé auprès du public. Il s’agissait d’un « straw poll », c’est-à-dire un vote informel et confidentiel permettant aux quinze membres du Conseil de sécurité de mesurer le niveau de soutien dont bénéficient les différents candidats.
Pour chaque candidat, les membres du Conseil de sécurité peuvent se prononcer de trois façons : « encourage », lorsqu’ils sont favorables à sa candidature, « discourage », lorsqu’ils y sont opposés, ou « no opinion », lorsqu’ils ne souhaitent pas prendre position. Ce mécanisme permet aux diplomates de voir quels candidats ont le plus de chances de rassembler suffisamment de soutien pour aller jusqu’au bout du processus.
Il faut toutefois préciser que les Nations unies n’ont pas publié officiellement les résultats détaillés de ce vote. Les chiffres qui circulent dans la presse et dans les milieux diplomatiques proviennent de sources qui ont eu connaissance des résultats. Il est donc incorrect de présenter le tableau qui circule sur Internet comme un classement officiellement publié par l’ONU.
Selon les informations rapportées par plusieurs sources diplomatiques et médiatiques, la Costaricaine Rebeca Grynspan est arrivée en tête du premier vote avec dix voix « encourage ». Elle est suivie par la Guyanaise Carolyn Rodrigues-Birkett, avec neuf voix, puis par l’Argentin Rafael Grossi, avec sept voix. Michelle Bachelet et Macky Sall auraient obtenu chacun six voix favorables. María Fernanda Espinosa aurait obtenu cinq voix et Olara Otunnu deux.
Ces chiffres montrent donc clairement que Macky Sall n’est pas dernier. Il se situe plutôt dans la deuxième partie du classement, avec six voix favorables. En revanche, son résultat comporte un élément préoccupant : sept membres du Conseil de sécurité auraient exprimé un « discourage » à son égard, contre six « encourage » et deux « no opinion ».
C’est cette différence entre les votes favorables et défavorables qui explique probablement pourquoi certaines analyses présentent aujourd’hui la candidature de Macky Sall comme étant en difficulté. Mais même là, il faut rester prudent, car tous les votes n’ont pas la même portée politique.
Le Conseil de sécurité est composé de quinze membres, dont cinq membres permanents disposant du droit de veto : les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni. Pour qu’un candidat puisse finalement être recommandé à l’Assemblée générale de l’ONU, il doit obtenir suffisamment de voix et surtout ne pas être bloqué par l’un de ces cinq pays.
Or, l’une des principales informations qui manque actuellement concerne justement l’identité des pays qui ont voté « discourage » contre Macky Sall. Les résultats détaillés n’ayant pas été publiés officiellement, il n’est pas possible de dire avec certitude si l’un des cinq membres permanents figure parmi les sept pays ayant exprimé une opposition à sa candidature.
Cette question est essentielle. Si les sept votes défavorables viennent principalement des membres non permanents du Conseil de sécurité, la situation de Macky Sall pourrait encore évoluer. En revanche, si l’un des cinq membres permanents s’oppose clairement à sa candidature, cela constituerait un obstacle beaucoup plus sérieux.
Il serait donc prématuré de considérer Macky Sall comme éliminé. Le « straw poll » du 30 juillet n’était pas une élection définitive. Il s’agissait seulement d’une première photographie des rapports de force. D’autres consultations doivent avoir lieu et un deuxième vote informel est attendu le 21 août 2026.
La position de Rebeca Grynspan apparaît pour le moment comme la plus favorable. Avec dix voix « encourage » et seulement une opposition rapportée, elle dispose d’une première dynamique intéressante. Carolyn Rodrigues-Birkett arrive également en bonne position avec neuf voix favorables. Rafael Grossi, avec sept voix favorables, reste lui aussi un candidat sérieux.
Pour Macky Sall, la situation est donc plus compliquée. Ses six voix favorables montrent qu’il dispose d’un certain soutien au sein du Conseil de sécurité, mais ses sept voix défavorables montrent également qu’il doit encore convaincre. Sa candidature n’est toutefois pas officiellement éliminée et rien ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’elle est définitivement condamnée.
L’ancien président sénégalais dispose par ailleurs d’une expérience politique et internationale importante. Il a dirigé le Sénégal pendant douze ans et a également occupé des responsabilités importantes au niveau continental. Le Sénégal lui a officiellement apporté son soutien dans cette bataille et sa candidature bénéficie également de l’appui du Burundi, qui l’a présentée aux Nations unies.
La dimension africaine pourrait également jouer un rôle dans la suite du processus. Deux candidats africains figurent actuellement parmi les prétendants : Macky Sall pour le Sénégal et Olara Otunnu pour l’Ouganda. Une candidature africaine capable de rassembler un large soutien continental pourrait avoir un poids important dans les négociations diplomatiques, même si l’Afrique ne dispose pas à elle seule des voix nécessaires pour décider du prochain Secrétaire général.
Il faut donc se méfier des publications qui présentent le premier vote comme une élection déjà jouée. La réalité est beaucoup plus complexe. Les discussions diplomatiques vont se poursuivre, les candidats vont chercher de nouveaux soutiens et les grandes puissances vont progressivement faire connaître leurs préférences.
Ce que l’on peut dire aujourd’hui avec prudence est que Macky Sall n’est pas dernier dans le premier vote informel du Conseil de sécurité. Il aurait obtenu six voix favorables, mais également sept voix défavorables. Son bilan est donc plutôt fragile, sans pour autant être synonyme d’élimination.
La prochaine étape sera particulièrement importante. Le deuxième « straw poll » permettra de voir si Macky Sall réussit à améliorer sa position ou si l’écart avec les candidats actuellement en tête se creuse davantage. Mais surtout, l’attention devra porter sur la position des États-Unis, de la Chine, de la Russie, de la France et du Royaume-Uni. Dans cette course, le soutien ou l’opposition d’un seul de ces cinq pays peut peser beaucoup plus lourd que ne le laisse penser un simple classement numérique.
Pour l’heure, il faut donc retenir une chose : contrairement à ce que laissent entendre certaines publications qui circulent sur Internet, l’ONU n’a pas publié de sondage officiel plaçant Macky Sall dernier. Un vote informel du Conseil de sécurité a bien eu lieu, ses résultats ont été rapportés par des sources diplomatiques, et ces informations placent plutôt Macky Sall au milieu du groupe, mais avec un nombre important de votes défavorables. La course reste ouverte et les prochains votes permettront de savoir si l’ancien président sénégalais peut encore remonter dans la compétition pour devenir le prochain Secrétaire général des Nations unies.
Aboubacar SAKHO
Expert en Communication








