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Presse en Guinée : cinq journalistes salariés, progrès social ou obstacle à l’entrepreneuriat ?

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Professionnaliser les médias et garantir un salaire aux journalistes : l’ambition est légitime. Mais l’exigence annoncée d’un minimum de cinq journalistes salariés par organe de presse soulève une question : comment protéger l’emploi sans fragiliser les petites entreprises ni réduire le pluralisme ?
Sous réserve de confirmation dans le texte définitif, cette disposition du projet de loi sur la liberté de la presse pourrait transformer le paysage médiatique guinéen.

La fusion des structures disposant de faibles moyens apparaît comme une piste. Elle mérite toutefois d’être examinée au-delà d’une simple addition d’effectifs.
Réunir cinq fondateurs ne crée pas automatiquement cinq emplois salariés. Être associé, percevoir d’éventuels dividendes et recevoir un salaire correspondent à des situations différentes. Une entreprise issue d’un regroupement devra disposer de revenus suffisants pour financer les rémunérations, les cotisations sociales, les reportages et son fonctionnement. Cinq médias fragiles peuvent, une fois réunis, rester une entreprise fragile.

La fusion peut néanmoins réduire les dépenses, mutualiser les équipements et renforcer une rédaction. Encore faut-il partager un projet éditorial, évaluer les apports et les dettes, organiser les responsabilités et prévoir le règlement des désaccords. Conserver le nom du média le plus connu et formaliser un accord ne suffisent pas à garantir la réussite de l’ensemble.

L’exigence pose également la question de la liberté d’entreprendre. Un journaliste peut lancer seul un média, construire progressivement son audience, puis recruter à mesure que ses recettes augmentent. Imposer immédiatement cinq salariés pourrait fermer cette voie aux jeunes entrepreneurs et favoriser les acteurs disposant déjà de capitaux. Cette liberté ne dispense évidemment aucun employeur de rémunérer correctement les personnes qu’il fait travailler.

Les besoins varient aussi selon les publications. Un portail généraliste couvrant quotidiennement plusieurs domaines ne fonctionne pas comme un média spécialisé dans le numérique, la santé ou l’agriculture. Une petite équipe peut produire une information rigoureuse et utile. Des obligations proportionnées, fondées sur des catégories clairement définies, permettraient de mieux prendre en compte cette diversité.

L’effet sur le marché du travail reste, lui aussi, incertain. Certaines entreprises pourraient recruter ; d’autres réduire leurs activités ou disparaître. Les regroupements peuvent préserver des postes, mais aussi supprimer des fonctions similaires. Le véritable indicateur de réussite sera le nombre d’emplois effectivement rémunérés et maintenus dans le temps.

Enfin, les journalistes écartés des regroupements ou privés de leur média pourraient poursuivre leur activité sur Facebook, YouTube, TikTok ou WhatsApp. Ces espaces permettent de conserver une voix et un public, mais offrent des revenus incertains et une forte dépendance aux plateformes. La réforme risquerait ainsi de déplacer la précarité vers les réseaux sociaux plutôt que de la résoudre.

Pour le contexte guinéen, une démarche équilibrée devrait associer regroupements volontaires, mutualisation des services, application progressive des obligations et accompagnement transparent des entreprises. La protection sociale des journalistes doit progresser avec la viabilité économique des médias.

Professionnaliser la presse exige de rendre les emplois durables tout en préservant la liberté de créer, la diversité des rédactions et le droit du public à une information plurielle.

Bah Abdoulaye