L’actualité sous régionale reste largement dominée par la décision des autorités guinéennes de fermer les sites d’exploitation aurifère clandestins, une mesure qui entraîne notamment le départ de milliers d’orpailleurs burkinabè. Une décision aussi louable que nécessaire, mais qui semble être perçue par les autorités du Burkina Faso comme une véritable déclaration de guerre.
L’affaire fait grand bruit au pays des Hommes intègres. Dans la foulée, j’ai suivi un débat télévisé consacré à la question. Que ce soit par ignorance ou par complaisance, les intervenants se sont livrés à une démonstration d’une indigence intellectuelle affligeante.
À les entendre, la décision de la Guinée, dont le président serait, selon eux, un citoyen français, aurait été dictée par Paris et viserait particulièrement le Burkina Faso. Sans vouloir m’engager dans une polémique stérile, et tout en déplorant le sort de ces milliers de jeunes, je considère qu’une telle lecture des événements constitue une atteinte à la souveraineté de la Guinée et une véritable insulte à l’intelligence de son peuple.
Il suffit pourtant de regarder les images de ces jeunes pour mesurer l’ampleur du phénomène et prendre conscience de la complaisance des autorités qui, pendant des années, ont laissé prospérer cette exploitation anarchique de nos ressources naturelles. Sans chercher à défendre le pouvoir actuel, qui ne manque pas de porte-parole, je considère que la décision de mettre fin à cette situation est courageuse et mérite d’être saluée.
Quant aux Burkinabè, plutôt que de chercher des responsables à Conakry ou à Paris, ils feraient mieux de demander des comptes à leur propre gouvernement. Depuis septembre 2022, Ibrahim Traoré s’est érigé en chantre de la lutte contre l’ingérence étrangère en Afrique. Encore faudrait-il préciser qu’il s’agit essentiellement de l’ingérence française. Car, pendant qu’il ferme ostensiblement la porte à Paris, il déroule le tapis rouge à Moscou. Comme si le problème de l’Afrique était simplement de changer de tuteur !
Pour revenir au sort de ces jeunes infortunés, ils ne sont pas les victimes de la Guinée. Ils sont d’abord les victimes d’un système qui, dans leur propre pays, ne leur offre manifestement ni perspectives ni raisons suffisantes d’espérer. Depuis septembre 2022, leur président multiplie les discours nationalistes et les déclarations de souveraineté. Mais un discours souverainiste, aussi tonitruant soit-il, ne nourrit pas la jeunesse et ne lui garantit pas un avenir.
Quatre années se sont écoulées. C’est pratiquement la durée d’un mandat présidentiel. Si, au terme de cette période, des milliers de jeunes Burkinabè sont toujours contraints de chercher leur salut dans les mines clandestines d’un pays voisin, Ibrahim Traoré ne peut raisonnablement se défausser de ses responsabilités. Il lui appartient désormais de rendre compte de ses propres
résultats, au même titre que ses prédécesseurs.
Je termine par un proverbe qui résume assez bien la situation de cette jeunesse burkinabè : « Si tu vois un cancrelat sur la route, c’est que la maison est aspergée d’insecticide. »
Habib Yimbéring
