
Pendant trop longtemps, nos tracés frontaliers n’ont été que des cicatrices mal refermées ou des lignes de friction où la méfiance l’emportait sur la main tendue. Mais le vent qui souffle de Conakry à Bissau, et que nous appelons de nos vœux vers Abidjan, Dakar, Bamako, Monrovia et Freetown, porte aujourd’hui un message sans équivoque. Dans la mesure où l’heure n’est plus à la garde jalouse de quelques hectares de poussière, mais à l’avènement d’un destin commun et solidaire.
La visite d’Ilidio Vieira Té à Conakry s’inscrit dans la nouvelle doctrine de diplomatie de proximité prônée par la CEDEAO. Elle nous rappelle ce proverbe peul d’une profondeur intemporelle selon lequel celui qui possède la meilleure demeure est avant tout celui qui entretient la paix avec son voisin.
Pourquoi s’épuiser dans des querelles de bornages héritées d’un autre siècle quand nos populations, par la force des échanges, ont déjà aboli les frontières, à l’instar de l’Europe ?
Qu’il s’agisse de l’importateur de Kaolack, du transporteur de Tombouctou, du commerçant de Guéckédou, du pêcheur de la zone commune avec Bissau, du planteur de Sipilou, de l’industriel du comté de Bong ou de l’homme d’affaires de Kailahun, absolument aucun d’entre eux ne réclame de barbelés car la réalité est qu’ils exigent, au contraire, des infrastructures de connexion.
Qu’il s’agisse des dispositifs de Kiéssènèye et Sandénia, de l’opération Verrou 322 ou des patrouilles à Yenga et Foya, ces acteurs de terrain rejettent la logique de l’exclusion pour exiger, enfin, une véritable sécurisation des flux marchands.
Désormais, avec la Guinée-Bissau, transcendons les clivages pour réinventer une solidarité énergétique. Avec la Côte d’Ivoire, fluidifions nos échanges. Enfin, avec le Liberia et la Sierra Leone, administrons l’Union du Fleuve Mano et faisons-en un espace dont la vocation est de muer de zone de belligérance passée en terre de prospérité minérale et agricole.
Troquons le fusil du garde-frontière contre le compas de l’ingénieur afin que nos limites territoriales ne soient plus des murs de ségrégation, mais des coutures de solidarité qui feront que notre sécurité collective ne naîtra plus de la multiplication des check-points, mais de la densité de nos échanges. Car un bon réseau électrique décourage mieux les tensions qu’un garde -frontière de mauvaise humeur.
Si nos réseaux électriques sont interconnectés, si nos ports sont maillés et si nos rails défient les lignes de démarcation, alors la belligérance deviendra non seulement impossible, mais surtout anachronique.
Après tout, l’histoire ne retiendra pas qui a annexé dix mètres de forêt sur son voisin. Elle célébrera ceux qui ont eu l’audace de transformer la façade atlantique et l’espace Mano en un pôle de puissance imbattable.
Soyons de ceux-là. Devenons les architectes de l’Afrique des poumons économiques et des corridors socioculturels !
J’ai dit.
Par Alpha Abdoulaye Diallo in Le Populaire du 27 avril 2026








