Home A LA UNE Le Sahel face au poison de l’ombre ( Par Alpha Abdoulaye Diallo)

Le Sahel face au poison de l’ombre ( Par Alpha Abdoulaye Diallo)

0

Au Mali, au Burkina Faso comme au Niger, la menace n’a plus le visage d’une colonne armée traversant le désert depuis la Libye de l’après-Kadhafi, car elle s’est dissoute dans le quotidien. Le GSIM, l’EIGS et leurs affidés frappent puis disparaissent dans les villages et les marchés, et c’est cette invisibilité qui rend ce conflit si cruel. Les pays de l’AES paient un lourd tribut, marqué par des embuscades, des attaques de camps, des écoles fermées et des villages vidés.

Alors que les armées se réorganisent et que de nouveaux partenariats sécuritaires se discutent jusqu’à Washington, les populations civiles restent prises en otage.

Le 24 juillet 2026, sollicité par RT en français, une chaîne de télévision russe, pour analyser une information du Washington Post faisant état de projets de frappes américaines ciblant le GSIM au Mali sous la présidence Trump, j’ai tenu à rappeler un point fondamental, à savoir qu’en vertu du sacro-saint principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États, intervenir militairement sans convention préalable avec Bamako violerait la souveraineté malienne.

Et puis, l’observation minutieuse de la situation montre qu’il ne s’agit pas d’une guerre classique, mais d’un cancer social. Là-dessus, un adage peul enseigne d’ailleurs que la fumée d’un village ne vient pas de l’intérieur, mais bien de ce qui brûle autour.

Aujourd’hui, le feu est alimenté de l’intérieur par des complicités, des silences et des trafics.

Tant que les terroristes se fondront parmi les civils sans dénonciation ni contrôle rigoureux, la fumée ne se dissipera pas. Pour éradiquer ce fléau, la réponse doit s’articuler autour de trois exigences fondamentales.

Il y a d’abord le combat militaire, incontournable pour traquer et reprendre l’initiative, bien que la seule force brute reste insuffisante. Vient ensuite le volet politique et administratif, fondé sur le retour des juges, des enseignants et des médecins au plus près des populations, car un village privé de services publics finit inexorablement par céder à la loi de la kalachnikov.

S’ajoute enfin la cohésion sociale, qui vise à reconstruire le dialogue face aux stratégies terroristes exploitant les tensions communautaires, à travers une réconciliation rigoureuse sans impunité.

Disons-le sans détour ! Ni les frappes unilatérales de puissances étrangères, ni l’illusion sécuritaire offerte par des réseaux mercenaires, que ceux-ci s’affichent sous l’étiquette de Wagner ou sous le label d’Africa Corps, ne sauraient se substituer à ce travail de fond.

La paix se gagne au terrain, en extirpant les criminels des communautés et en réhabilitant l’État. C’est à cette condition que la fumée retombera sur le Sahel. Une telle dynamique exige avant tout de briser l’isolement diplomatique.

Ainsi, ce sous-continent de près de trois millions de km² doit d’urgence réintégrer la CEDEAO pour sceller la paix avec ses voisins comme avec l’ensemble de la communauté internationale.

Par Alpha Abdoulaye Diallo in Le Populaire du 27 juillet 2026

Diallo Alpha Abdoulaye

Quitter la version mobile