
Voici le discours du Président de la Fédération Patronale des Associations Professionnelles de Presse de Guinée » FEPAP-GUI », Amadou Tham Camara
Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les représentants des institutions républicaines,
Monsieur le Président de la Confédération Générale des Entreprises de Guinée,
Monsieur le Président de la Commission de Restructuration des Fédérations Patronales Sectorielles de la CGE-GUI,
Mesdames et Messieurs les responsables des organisations professionnelles de la presse,
Mesdames et Messieurs les dirigeants des entreprises de presse,
Mesdames et Messieurs les partenaires sociaux et partenaires techniques et financiers,
Chers confrères et consœurs,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,
C’est avec une profonde émotion, mais surtout avec un grand sens de responsabilité, que je prends aujourd’hui la parole, à l’occasion de la création de la Fédération Patronale des Associations Professionnelles de Presse de Guinée, FEPAP-GUI, et de ma prise de fonction à sa présidence.
Au nom du Conseil d’administration de la FEPAP-GUI, je voudrais, avant toute chose, remercier celles et ceux qui ont rendu possible cette étape historique pour notre secteur.
J’adresse une mention particulière à la Confédération Générale des Entreprises de Guinée, la CGE-GUI, qui a accompagné et porté le processus de restructuration et de rapprochement des organisations professionnelles de la presse ayant conduit à la naissance de cette fédération patronale sectorielle.
Je voudrais saluer particulièrement les responsables de la CGE-GUI et la Commission de Restructuration des Fédérations Patronales Sectorielles pour leur disponibilité, leur écoute et leur engagement en faveur de la consolidation du patronat guinéen.
Les mêmes remerciements à la Haute Autorité de la Communication, à l’Inspection Générale du Travail et au Ministère en charge de la Communication.
À travers eux, je remercie également toutes les organisations professionnelles de presse qui ont accepté de dépasser leurs différences, leurs histoires et parfois leurs intérêts particuliers pour construire un espace commun.
Cette démarche mérite d’être saluée. Car lorsqu’un secteur décide de s’unir pour défendre ses intérêts collectifs, il ne renonce pas à sa diversité. Il transforme sa diversité en force.
Mesdames et Messieurs,
À l’instar des autres pouvoirs de la République et des autres composantes essentielles de la vie nationale, le quatrième pouvoir qu’est la presse devait, lui aussi, faire sa mue. Il devait engager sa propre refondation.
Cette refondation ne signifie ni uniformisation de la pensée, ni disparition de la pluralité, ni affaiblissement de la liberté éditoriale.
Elle signifie au contraire davantage de responsabilité, davantage de professionnalisme, davantage de solidarité et surtout davantage de structuration.
Depuis l’avènement du pluralisme médiatique en Guinée, la presse a joué un rôle considérable dans la construction de notre démocratie, dans l’information des citoyens, dans le débat public et dans la défense des libertés.
La liberté de la presse demeure l’un des acquis fondamentaux qu’il nous appartient collectivement de préserver.
Je voudrais, à ce titre, saluer les plus hautes autorités de notre pays et notamment le Président de la République, Mamadi Doumbouya, pour la place accordée au principe de liberté de la presse dans notre ordre constitutionnel, pour le don des Maisons de la presse à Conakry et à l’intérieur du pays, pour l’équipement de la Maison de la presse de Conakry et pour la nomination d’une trentaine de journalistes à de hautes fonctions.
Mais nous devons avoir le courage de le reconnaître : la liberté de la presse ne peut être durable que si les entreprises qui la portent sont elles-mêmes économiquement viables, juridiquement protégées et professionnellement solides. C’est là que se trouve l’une des raisons fondamentales de la création de la FEPAP-GUI.
Mesdames et Messieurs,
Nous devons désormais changer de regard sur les entreprises de presse.
Les entreprises de presse sont des entreprises à part entière et non des entreprises entièrement à part. Elles investissent. Elles recrutent. Elles forment.
Elles paient des salaires. Elles contribuent à la création de richesse.
Elles supportent des charges fiscales, sociales, technologiques et opérationnelles.
Et, dans le même temps, elles rendent un service essentiel à la collectivité : informer les citoyens.
Cette double nature doit être prise en compte dans les politiques publiques.
Parce qu’elles rendent un service d’intérêt général, les entreprises de presse doivent pouvoir bénéficier, dans le respect de la législation nationale, d’un environnement économique, financier et fiscal adapté à leurs réalités.
Nous ne demandons pas des privilèges. Nous demandons de l’équité, de la prévisibilité et un environnement permettant aux entreprises de presse de vivre de leur travail.
Nous voulons une fiscalité qui tienne compte des réalités économiques du secteur.
Nous voulons un marché publicitaire plus transparent. Nous voulons que la publicité institutionnelle soit attribuée selon des critères objectifs, transparents et vérifiables.
Nous voulons favoriser l’accès des médias aux financements et aux marchés. Nous voulons protéger les contenus produits par les journalistes et les entreprises de presse. Nous voulons engager le dialogue avec les grandes plateformes numériques qui utilisent et valorisent les contenus produits par les médias guinéens.
Nous voulons accompagner nos entreprises dans leur transformation numérique et dans l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle.
Et nous voulons surtout que les entreprises de presse puissent créer davantage d’emplois décents et durables.
Mesdames et Messieurs,
La FEPAP-GUI ne sera pas un syndicat de revendication permanente. Elle sera une organisation patronale de proposition, de négociation, de représentation et de développement.
Elle sera un interlocuteur privilégié des pouvoirs publics, des partenaires sociaux, des organisations patronales, des partenaires techniques et financiers et des institutions nationales et internationales.
À cet égard, je voudrais m’adresser particulièrement à nos partenaires sociaux et notamment aux organisations syndicales de la presse.
La création de la FEPAP-GUI ne remet nullement en cause le rôle, la légitimité ou les prérogatives des syndicats. Au contraire, le patronat et les organisations syndicales ont vocation à être des partenaires dans la construction d’un secteur professionnel mieux organisé et plus protecteur pour les travailleurs.
Je veux donc rassurer solennellement les travailleurs de la presse et leurs représentants : la convention collective de la presse est au cœur de nos préoccupations et sa signature est imminente.
Nous voulons parvenir à cette signature dans un esprit de responsabilité, de dialogue et de recherche d’un équilibre entre les intérêts légitimes des entreprises et la protection des journalistes, techniciens, administrateurs et autres travailleurs du secteur.
Une entreprise de presse économiquement forte doit pouvoir offrir des conditions de travail dignes. Et des conditions de travail dignes contribuent à la solidité et à la crédibilité de l’entreprise.
La FEPAP-GUI entend donc faire du dialogue social un des piliers de son action, en collaboration étroite avec les organisations syndicales.
Nous voulons instaurer un dialogue permanent avec les autorités. Et aujourd’hui, nous lançons un appel : celui de construire ensemble un nouveau pacte entre la presse refondée et les pouvoirs publics.
Un pacte fondé sur un principe simple : plus de responsabilité pour la presse, plus de reconnaissance pour les entreprises de presse et plus de dialogue avec les pouvoirs publics.
Nous sommes prêts à prendre notre part de responsabilité.
La FEPAP-GUI entend promouvoir l’éthique et la déontologie, renforcer la professionnalisation des entreprises, favoriser la formation continue des journalistes, des techniciens et des managers, promouvoir la transparence et la bonne gouvernance, et lutter contre la désinformation et les manipulations informationnelles.
Elle entend favoriser l’accès des jeunes et des femmes aux opportunités et aux responsabilités dans le secteur.
Elle entend également soutenir les médias établis à l’intérieur du pays, afin que la transformation de notre secteur ne soit pas uniquement une transformation de Conakry.
Mesdames et Messieurs,
Notre secteur est confronté à une révolution technologique sans précédent.
L’intelligence artificielle transforme déjà la production, la distribution et la consommation de l’information. Les plateformes numériques captent une part croissante de l’attention et de la valeur économique. Les modèles traditionnels de financement de la presse sont fragilisés. Les coûts de production augmentent.
Les entreprises doivent investir dans la technologie, la sécurité numérique, la formation et les nouveaux formats.
Dans ce nouvel environnement, la survie des médias ne peut plus reposer uniquement sur la bonne volonté de leurs promoteurs.
Nous devons créer de nouveaux modèles économiques. Nous devons mutualiser certains services. Nous devons développer des plateformes communes. Nous devons rechercher de nouveaux financements. Nous devons mieux connaître le marché publicitaire. Nous devons produire des données fiables sur l’économie des médias.
C’est pourquoi la FEPAP-GUI mettra en œuvre un véritable programme de développement économique du secteur.
Les statuts prévoient notamment la création d’un Observatoire économique des médias, chargé de collecter les données sur le secteur, de suivre le marché publicitaire, d’analyser l’emploi et les modèles économiques et de publier périodiquement un état des médias en Guinée.
Nous entendons donner vie à cet outil.
Mesdames et Messieurs,
La FEPAP-GUI sera également une organisation de solidarité.
Nous ne voulons pas d’une presse à deux vitesses : une presse de Conakry et une presse de l’intérieur ; une presse technologiquement équipée et une presse abandonnée ; quelques grandes entreprises et une multitude de petites structures condamnées à survivre.
Notre ambition est de construire un écosystème médiatique plus solidaire, plus professionnel et plus compétitif.
C’est pourquoi nous mettrons en place des points focaux régionaux et travaillerons à mieux intégrer les médias de l’intérieur du pays.
Nous accorderons également une attention particulière à la formation, à l’emploi des jeunes, à la promotion des femmes, à la transformation numérique et au renforcement des capacités managériales.
Mesdames et Messieurs,
La crédibilité de la FEPAP-GUI commencera par sa propre gouvernance. Nous ne demanderons pas aux autres ce que nous ne sommes pas capables de faire nous-mêmes.
Notre Fédération sera placée sous le signe de la transparence, de la redevabilité, de la collégialité et de la bonne gouvernance.
Les statuts prévoient un Commissariat aux Comptes indépendant, la reddition annuelle des comptes, la présentation de rapports moral, d’activités et financier, ainsi que des mécanismes de prévention des conflits d’intérêts.
Nous appliquerons ces principes.
La FEPAP-GUI doit être une maison commune, mais une maison commune bien gérée.
Je veux également lancer un appel à mes collègues dirigeants des entreprises de presse. Nous avons parfois été concurrents. Nous le resterons sur le terrain éditorial et commercial. Mais nous devons comprendre qu’il existe des intérêts qui dépassent nos entreprises individuelles.
Lorsqu’il s’agit de la liberté de la presse, de la fiscalité, de la publicité institutionnelle, de la propriété intellectuelle, de l’économie numérique, de la formation ou de la protection des contenus, nous avons intérêt à parler d’une seule voix.
La concurrence peut être saine entre entreprises. La division est dangereuse lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts collectifs d’un secteur.
Mesdames et Messieurs,
Je mesure pleinement l’honneur qui m’est fait en me confiant la présidence de cette organisation. Mais je mesure davantage encore la responsabilité qui m’incombe.
Je ne considère pas cette fonction comme un privilège. Je la considère comme une mission. Une mission que je veux exercer avec l’ensemble du Conseil d’Administration, avec les associations membres, avec les entreprises de presse, avec nos partenaires sociaux et avec tous ceux qui croient en l’avenir d’une presse guinéenne professionnelle, libre, responsable et économiquement forte.
Notre mandat ne sera pas celui des discours. Il sera celui des résultats.
Dans les prochains jours, nous engagerons notamment le dialogue avec les pouvoirs publics sur l’environnement juridique, fiscal et économique de la presse.
Nous travaillerons à la structuration du marché publicitaire.
Nous lancerons les travaux de l’Observatoire économique des médias.
Nous développerons un programme de formation et de renforcement des capacités.
Nous travaillerons sur la transformation numérique, l’intelligence artificielle et la protection des contenus.
Nous renforcerons la représentation de la presse guinéenne auprès des organisations patronales et des partenaires internationaux.
Et nous mettrons en place les mécanismes permettant à la FEPAP-GUI de devenir une véritable force de proposition.
Notre ambition est claire : faire de la FEPAP-GUI la voix patronale organisée, crédible et responsable des entreprises de presse de Guinée.
Je voudrais enfin adresser un message aux pouvoirs publics.
Nous ne venons pas vous demander de choisir entre la presse et l’État. Nous vous proposons de construire un partenariat.
Nous ne voulons pas d’une presse qui renonce à son rôle de contre-pouvoir.
Nous voulons une presse qui assume pleinement sa responsabilité de quatrième pouvoir.
Et nous voulons un État qui considère les entreprises de presse non pas comme des adversaires, mais comme des acteurs économiques et sociaux indispensables à la construction nationale.
C’est pourquoi nous proposons aujourd’hui de sceller ensemble un nouveau pacte entre la presse refondée et les pouvoirs publics.
Un pacte fondé sur la liberté. Un pacte fondé sur la responsabilité. Un pacte fondé sur le dialogue. Un pacte fondé sur la transparence. Un pacte fondé sur le développement économique. Et surtout, un pacte fondé sur la confiance.
Mesdames et Messieurs,
La FEPAP-GUI est née.
Il nous appartient désormais de lui donner une âme, une vision et des résultats.
Une presse libre doit être une presse responsable.
Une presse responsable doit être une presse professionnelle.
Une presse professionnelle doit être économiquement viable.
Et une presse économiquement viable peut mieux servir la Guinée et les Guinéens.
C’est cette presse que nous voulons construire.
C’est cette ambition que nous voulons porter.
C’est cette responsabilité que j’accepte aujourd’hui avec humilité et détermination.
Je vous remercie.
Amadou Tham Camara








