
Un récent rapport de l’Union africaine dénonce la forte progression des flux financiers illicites à l’échelle de la décennie. Les transferts transfrontaliers opaques, la corruption ou encore le blanchiment d’argent pénalisent les budgets des États.
C’est à une conclusion malheureuse qu’aboutit la toute dernière étude des experts financiers de l’Union africaine (UA) sur les flux financiers illicites (FFI). Non seulement ces derniers conduisent à la perte annuelle d’une somme un peu abstraite de 88 milliards de dollars à l’échelle du continent africain, mais ce chiffre a augmenté de 76 % depuis le rapport déjà historique de 2015 du Groupe de haut niveau de la Commission économique pour l’Afrique de l’institution continentale. C’est en révélant cette inquiétante progression décennale que l’UA souhaite tirer la sonnette d’alarme.
La nature des chemins empruntés par cette manne évaporée est déjà connue. Il est d’abord question de simples transferts de capitaux au-delà des frontières afin de réduire au maximum le poids des taxes et autres charges fiscales. Et l’optimisation approximativement légale de laisser place à une opaque évasion fiscale qui permet à des sommes importantes de passer sous les radars des États nationaux.
Efforts nationaux insuffisants
Parfois liées à un simple défaut de déclaration ou à de la corruption endémique, ces « approximations » informelles cohabitent avec de la gestion plus criminelle. Il est alors question d’un blanchiment d’argent qui finit souvent par rejoindre le financement du terrorisme. Si l’outil vedette de ces pratiques reste le principe des fausses facturations, le nouveau rapport de l’Union africaine revient également sur une technique encore plus sophistiquée de dispersion de grosses sommes, celle de la manipulation des prix des matières premières.
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Ces nouvelles statistiques interrogent évidemment sur les moyens mis en œuvre pour contrer l’évaporation de ces dizaines de milliards. Tout en rendant hommage aux efforts nationaux – même insuffisants – en matière d’unités de renseignement financier ou de démembrements fiscaux spécifiques, l’UA déplore le manque de coordination des services, de même que l’application mal contrôlée des régulations existantes. Et la collaboration défaillante des institutions nationales, à l’échelle continentale, n’élude pas le manque de réflexion à un niveau encore plus planétaire. L’application « aveugle » de standards internationaux inadaptés aux réalités de pays en voie de développement complique la régulation, selon les experts de l’institution.
Besoin de coordination continentale
Pour anticiper ces écueils, des groupes de travail multinationaux de l’Union africaine élaborent des outils adaptés aux besoins régionaux et proposent des dispositifs de coopération continentale, comme une plateforme permettant l’échange d’informations entre États et le suivi des transactions suspectes. L’institution plaide également pour une harmonisation juridique accrue.
Le rapport n’ignore pas des éléments de contexte à résonance aussi planétaire que conjoncturelle, comme l’épidémie de Covid, la guerre en Ukraine ou les changements climatiques, tous facteurs de gestion improvisée et donc propices à l’opacité. Est-il besoin de rappeler qu’au final, la perte annuelle de 88 milliards de dollars pénalise moins le secteur bancaire que les secteurs fragiles souvent en manque de politiques publiques financées, comme l’éducation, la santé ou le développement industriel ?
Avec jeuneafrique








